L’EXPÉRIENCE DE L’IMMERSION, QUELS BÉNÉFICES POUR LE VISITEUR ? (1/4)

Le premier panel avait pour thème les enjeux de l’immersion numérique dans l’expérience de visite (apports cognitifs, sensibles et sensoriels). Dorine Brandeis et Anna Charrière, anciennes étudiantes du master en management culturel de Dauphine sont d’abord revenues sur l’historique de l’immersion et ses apports pour les publics. 3 professionnels issus de la production d’expériences immersives et de lieux culturels ont, ensuite, partagé leurs retours d’expériences sur une variété de projets immersifs (aussi bien sous la forme d’expositions grands formats que de dispositifs collectifs de réalité virtuelle).

[VOIR LE REPLAY]

 

  1. Qu’apporte l’expérience immersive en matière émotionnelle et cognitive ? Perspectives historiques et enjeux expérientiels (Anna Charrière et Dorine Brandeis).

 

En 2020, Anna Charrière et Dorine Brandeis ont réalisé une étude sur l’immersion. Dans le cadre de cette étude, elles ont rappelé que les approches expographiques résolument orientées vers le sensible sont des tendances fortes aujourd’hui dans le secteur muséal. L’émotion et la sensibilité des publics est ainsi de plus en plus convoquée dans les récits et expériences qui leur sont proposés. Pour autant, ces approches s’inscrivent dans un temps long.

 

En effet, de l’art pariétal préhistorique jusqu’à l’art total au début XXe, en passant par l’apparition des premières inventions optiques liées au divertissement au XVIIIe siècle, la question de la médiation sensible s’est toujours posée, avec cette volonté de mettre en condition les spectateurs pour transcender leur rapport à l’œuvre et à leur expérience. 

 

Ces dimensions tant sensibles que transcendantales nécessitent aussi que les spectateurs acceptent de vivre l’immersion proposée par une œuvre en oubliant que ce qu’ils voient n’est pas la réalité (concept autrement appelé « the willing suspension of disbelief »).   

Ce sentiment (ou cette sensation) d’immersion peut favoriser un meilleur accès à des connaissances par le vécu. Une approche qui a d’ailleurs été largement adoptée pour l’exposition Sensory Odyssey. 

 

  1. Sentir et ressentir, retour sur les apports polysensoriels et émotionnels de l’immersion (Armelle Pasco, Sensory Odyssey).

 

A group of people sitting in chairs Description automatically generated with medium confidence

Armelle Pasco présente Sensory Odyssey.

 

Sensory Odyssey est une exposition immersive sur la découverte de la nature par les sens, d’une heure environ, diffusée pour la première fois au Muséum national d’Histoire Naturelle d’octobre 2021 à juillet 2022, et qui a vocation à partir en itinérance, avec une prochaine édition prévue à Singapour.

Sensory Odyssey, une expérience de visite multisensorielle.

 

Cette expérience fait appel aux émotions des visiteurs, à la fois dans son contenu et dans sa forme. 

 

Au niveau du format, elle est proposée en déambulation libre, sans cartels et avec des explications proposées à la fin de l’expérience. Concernant les contenus, Sensory Odyssey promet une expérience cognitive, dont le pari est « d’émerveiller pour apprendre » : faire ressentir et éprouver la beauté de la nature afin de communiquer l’envie de la protéger. Afin d’atteindre cet objectif, Sensory Odyssey mise sur une stimulation des sens touchant à la fois la vue, l’ouïe et même l’odorat avec une vingtaine d’odeurs différentes qui sont diffusées.

 

Concernant le prix d’entrée, il a été fixé en adéquation avec la politique tarifaire du Muséum. Relativement bas, compte tenu des investissements nécessaires, la distribution de cette expérience est nécessaire. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la durée de vie des contenus de telles expositions est plutôt longue, les perspectives de distribution sont donc tout à fait attractives. Sensory Odyssey va d’ailleurs s’établir à Singapour prochainement. 

En termes de réception, l’exposition de 9 mois au Muséum national d’histoire naturelle a accueilli  et a permis de diversifier les publics du Muséum 27% des publics de Sensory Odyssey étaient primo visiteurs, et cette proportion grimpe à 47% pour les 18-30 ans. 

 

Par ailleurs, l’étude de la réception des publics montre qu’il y a une forte réceptivité aux émotions, avec l’accession à un état quasi méditatif durant l’expérience. 

 

Ainsi, l’immersif et la sollicitation des sens se confirme comme médium d’apprentissage de connaissances. Une autre dimension qui contribue fortement à l’appropriation d’un tel discours expographique : la dimension conviviale et sociale d’une telle expérience. Un partage d’expérience qui peut aussi s’envisager via d’autres médiums qui sont considérés, paradoxalement, comme excluant telle que la réalité virtuelle. Le Bal de Paris propose une telle expérience collective, à la croisée entre spectacle vivant et réalité virtuelle.

 

  1. S’immerger ou partager une expérience collective (Frédéric Lecompte, Backlight, co-producteur du Bal de Paris).

 

Le Bal de Paris est un spectacle de danse immersif créé en 2020 par la chorégraphe Blanca Li, et qui comporte une partie en réalité virtuelle collective (une dizaine de personnes par créneau) d’une trentaine de minutes.

En termes d’exploitation, le spectacle de Blanca Li est distribué sur le même modèle qu’un spectacle de danse plus classique (une salle fait l’acquisition du spectacle pour une durée déterminée puis se rentabilise sur la billetterie), et il tourne dans des salles de spectacle partout dans le monde depuis 2021. Selon le niveau de subventionnement de la salle de spectacle, le tarif appliqué pour le spectacle varie entre 20 et 25 € ou entre 60 et 90 € (pour une salle non subventionnée). 

 

Le bal de Paris, une expérience à la croisée du spectacle vivant et de la réalité virtuelle.

 

Selon Frédéric Lecompte « Le Bal de Paris fait partie des projets qui ont montré qu’on peut faire de belles choses avec la VR ». L’objectif est là encore d’estomper les barrières entre le réel et le virtuel, notamment durant la partie en VR. Comme l’a fait remarquer Frédéric Lecompte, cela fait le lien avec la notion d’apprentissage adaptatif, évoquée par Anna Charrière et Dorine Brandeis, en faisant oublier l’espace d’un instant au visiteur la réalité à l’extérieur de l’expérience. 

 

De tels procédés ont aussi prévalus dans des expositions immersives à l’instar de Venise Révélée.

 

  1. Produire une exposition immersive, quelques enjeux et apports pour les visiteurs (Ariane Orsini, Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Grand Palais immersif).

 

Ariane Orsini, cheffe de projet maîtrise d’ouvrage, Grand Palais immersif.

 

Le Grand Palais Immersif est une filiale de la RMN – Grand Palais, qui a coproduit avec la Fondation des musées de Venise et Iconem l’exposition Venise Révélée, actuellement présentée dans la salle modulable de l’Opéra Bastille. 

 

Le pari fait par le Grand Palais Immersif avec ce type d’exposition est de produire des expériences différentes qui touchent le public, en l’occurrence avec un challenge supplémentaire qui est de défendre un « double niveau de langage » : une très grande quantité d’informations sur l’histoire de Venise est proposée, mais elle n’est imposée à aucun visiteur. Ainsi, selon son appétence, chaque visiteur peut apprécier l’exposition de la manière dont il le souhaite, soit en prenant le temps de lire tous les contenus, soit en se promenant simplement pour profiter de l’immersion, sans que cela ne diminue en rien la qualité de son expérience

 

Venise Révélée, l’exposition numérique inauguratrice de ce nouveau lieu qu’est le Grand Palais immersif.

 

Les premiers retours du public font état d’un pari réussi quant à cela, avec un public touché par l’expérience et étonné par la quantité des informations proposées. Les publics familiaux semblent particulièrement intéressés par ce type de support (plus spécifiquement les enfants). Le public plus âgé est également séduit par ces dispositifs qui renouvellent leur expérience d’une exposition, ce qui ne semblait pas évident à première vue. 

 

Ariane Orsini a également fait état de l’importance du son dans l’immersion, un compositeur ayant travaillé à « créer une partition qui soit le reflet des œuvres digitales », ce qui permet d’atteindre un climax émotionnel dans le film projeté dans la salle modulable, causé à la fois par la beauté des images monumentales et par la musique qui s’y superpose.

 

En termes de distribution, le Grand Palais Immersif envisage deux modèles : un premier, en France, à travers le projet MUSE (déjà dans 3 villes), un second, à l’international, via des acteurs privés.

 

Ces trois approches des expériences immersives démontrent la variété des possibilités qui peuvent être envisagées pour concevoir des projets aux apports multiples pour les visiteurs. Expériences sensibles, sensorielles, conviviales, elles forment autant d’opportunités pour enrichir des modèles expographiques plus traditionnels. Pour autant, de telles intentions expérientielles nécessitent d’en anticiper au plus tôt la distribution ou l’exploitation  Ces questions furent l’objet d’un deuxième panel sur le pilotage de projets numériques et immersifs.

 

Maxime BOHN

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