L’INNOVATION NUMÉRIQUE AU SERVICE DU TOURISME DE MÉMOIRE

Le 4 mai 2021, un webinaire sur “L’innovation numérique au service du tourisme de mémoire” a été organisé par le ministère des Armées (direction des patrimoines, de la mémoire et des archives) en collaboration avec {CORRESPONDANCES DIGITALES]. À cette occasion, Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, a annoncé les lauréats de l’appel à projets 2021 “Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire”. Cette matinée a aussi été l’occasion de valoriser une variété de projets inspirants appuyés par cet appel à projets. Retrouvez dans cet article la rediffusion de ce webinaire, une restitution écrite accompagnée de visuels et des propositions de ressources complémentaires.

[L’ensemble de cet article ainsi que les vidéos sont aussi accessibles sur la chaîne Youtube Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées françaises et le Site Web Chemins de mémoire.]

Retrouvez les vidéos :

1. L’implication du ministère des Armées dans l’innovation et la mise en tourisme du patrimoine mémoriel, intervention de Geneviève Darrieussecq 

Dans le cadre de l’ouverture de cette matinée, la ministre déléguée est revenue sur les enjeux du tourisme de mémoire en termes de dynamiques territoriales, de transmission et d’innovation.

  • Les enjeux territoriaux du tourisme de mémoire

La France est riche d’une multitude et d’une diversité de lieux (musées, mémoriaux, monuments, champs de batailles, nécropoles…), témoins mémoriels des conflits contemporains, marqués par les actions de ceux qui se sont engagés pour défendre les valeurs nationales, comme des victimes de guerres ou de déportation.

Les cycles commémoratifs de la Grande Guerre et de la Seconde Guerre mondiale ont suscité un grand intérêt du public pour les lieux de mémoire, où les visiteurs français mais aussi étrangers sont en nombre croissant. Ainsi, en 2019, la fréquentation des lieux de mémoire a atteint 15,2 millions d’entrées, dont 1,3 million de scolaires et 3,4 millions de visiteurs étrangers. Les retombées économiques générées par ce secteur sont donc essentielles pour les territoires, d’autant que, pour certains, les sites mémoriels sont leurs seuls atouts pour attirer les touristes.

  • L’implication du ministère des Armées dans la mise en tourisme du patrimoine mémoriel

Face à ces enjeux d’attractivité touristique, le ministère des Armées, en charge d’un important patrimoine mémoriel, soutient les ambitions des collectivités locales pour proposer une offre culturelle et touristique de qualité aux publics français et étrangers. Depuis le lancement du cycle du Centenaire de la Première Guerre mondiale, il a apporté son soutien, pour près de 20 M€, à 54 collectivités locales et associations porteuses de projets mémoriels d’envergure, en prenant en compte l’ensemble des conflits contemporains, ainsi qu’un équilibre des territoires.

En lien avec ces investissements structurants, un label « Qualité tourisme » spécifique aux lieux de mémoire a été créé par le ministère en charge du tourisme (direction générale des entreprises, DGE) et le ministère des Armées dans le cadre de leur convention de partenariat de 2011. Fin 2020, 47 sites de mémoire étaient labellisés.

Le ministère apporte également un soutien aux projets de valorisation portés par les structures partenaires (restauration du patrimoine mémoriel local, expositions, parcours de mémoire, programmation culturelle), notamment dans le cadre du réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains (RMMCC) animé par la DPMA.

Si la valorisation de ce patrimoine est essentielle à l’économie française, elle l’est tout autant pour contribuer à la cohésion nationale et à la construction d’une mémoire partagée. L’innovation mémorielle est, par conséquent, un enjeu majeur pour le ministère des Armées pour développer les publics de ces sites patrimoniaux, renforcer leur attractivité et assurer la transmission des mémoires dont ils sont les témoins auprès des jeunes générations. L’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire” a pour ambition de contribuer à ces dynamiques de transformation et d’innovation.

  • L’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire »

À deux reprises (en 2016 et 2018), le ministère des Armées (direction des patrimoines, de la mémoire et des archives) et le ministère de l’Économie et des Finances, en charge du tourisme (direction générale des entreprises) ont lancé cet appel à projets national. Dans le cadre de ces précédentes éditions, l’appel à projets a déjà permis de financer 16 projets pour moderniser la médiation et la mise en tourisme de lieux de mémoire.

Fort de l’intérêt porté aux deux précédents appels à projets numériques, le ministère des Armées a décidé de reconduire seul un nouvel appel à projets en 2020-2021, dont il assure l’intégralité du financement, afin de renforcer son soutien à la création de dispositifs innovants de mise en tourisme, d’aide à la visite et de médiation. Lancée en octobre 2020, cette troisième édition a rencontré un vif succès avec 46 candidatures recueillies. Ces projets sont variés en termes :

  • géographiques : la plupart des régions en métropole sont représentées ainsi que deux territoires ultramarins ;
  • de portages : collectivités territoriales, associations, fondations, start-ups… ;
  •  de dispositifs proposés : expérience immersive, jeu interactif, application de parcours… ;
  • de conflits abordés : guerre de 1870, Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie, multi-conflits.

Compte tenu de la grande richesse des projets présentés, le ministère des Armées a décidé d’accroître l’enveloppe initialement prévue de 80 000 € à près de 100 000 €.

À l’issue d’une analyse approfondie par un comité de sélection composé de représentants du ministère des Armées (direction des patrimoines, de la mémoire et des archives et délégation à la transformation et à la performance ministérielles), de l’office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG), de la direction générale des entreprises du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance et d’un expert de l’innovation numérique dans le secteur culturel, 8 projets ont été retenus :

  • « Parcours de mémoire dans Calais, de 1939 à 1945 », réalisé par la ville de Calais (Pas-de-Calais – Hauts-de-France), au travers de son pôle « Ville d’art et histoire » ;
  • « Une série de destins : la Grande Guerre en podcast », conçu par la société Artips et le Musée de la Grande Guerre de Meaux (Seine-et-Marne – Île-de-France) ;
  • « Parcours numériques touristiques de mémoire des 3 guerres : 1870-71 », porté par la ville de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne – Île-de-France) ;
  • « Territoires de mémoire : sur les traces des plus grands conflits du XXème siècle », ce projet est réalisé par la Fédération nationale des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) ;
  • « Le défi du soldat au Fort du Télégraphe », projet porté par la Communauté de Communes Maurienne Galibier (Savoie – Auvergne-Rhône-Alpes) ;
  • « Application Ici/Avant Oradour-sur-Glane », porté par le CNRS Hauts-de-France pour le compte de la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société, en partenariat avec la DRAC Nouvelle-Aquitaine, la préfecture de la Haute-Vienne et le Centre de la mémoire d’Oradour ;
  • « Rivesaltes VR : une médiation connectée au service d’une mémoire multiple », porté par l’établissement public de coopération culturel Mémorial du Camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales – Occitanie) ;
  • « Bobcats – Bora-Bora travel companion app », porté par la société Ideal Film Prod en collaboration avec l’association Mémoire polynésienne.


Les lauréats de l’édition 2021 de l’appel à projets

Cette nouvelle édition de l’appel à projets contribue, à l’instar des précédentes éditions, à renforcer la valorisation, l’attractivité et la mise en tourisme du patrimoine mémoriel. Elle participe aussi à consolider l’ouverture et la mise en réseau des sites de mémoire à leurs territoires.

2. Retour sur les éditions 2016 et 2018 de l’appel à projets : la structuration d’un riche écosystème créatif et innovant autour du tourisme de mémoire

  • L’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire », un catalyseur d’innovations pour le tourisme de mémoire, intervention de Laure Bougon (chef du pôle tourisme de mémoire, direction des patrimoines, de la mémoire et des archives, ministère des Armées).

 

Dynamiques induites par l’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire »

 

En introduction, Laure Bougon revient sur la façon dont les projets lauréats 2016 et 2018 ont contribué à donner accès et à redonner vie à un patrimoine mémoriel souvent menacé ou disparu dans ses différentes dimensions : bâties (musées-mémoriaux, monuments, forts, batteries, vestiges de camps, etc.), paysagères (champs de bataille, maquis, paysages urbains…), matérielles (objets, archives, traces, etc.) et immatérielles (témoignages).

Ces projets ont aussi développé de nouvelles formes de transmission grâce à l’usage d’innovations technologiques : technologies immersives, applications, tables ou bornes d’information, etc. Ces dynamiques d’usages ont participé à la création de nouvelles relations avec les publics, propices au développement de nouveaux parcours et de nouvelles expériences favorisant une appropriation plus active par le jeu, l’interaction, le récit ou la mise à contribution.

Les projets des éditions précédentes ont, par ailleurs, encouragé la mise en réseau entre une diversité d’acteurs (lieux de mémoire, collectivités, entreprises, communautés scientifique et éducative, acteurs du tourisme), aux compétences variées. Cette mobilisation a aussi été l’occasion de consolider un ancrage territorial pour des lieux de mémoire autour d’un projet dans ces différentes phases : financement, conception, communication ou évaluation.

Différents projets menés dans le cadre des éditions 2016 et 2018  peuvent témoigner de la richesse des apports de cet appel à projets en termes de dynamiques patrimoniales, d’usages et de mise en réseau. C’est le cas, notamment, des applications « Terre de mémoire en Ardennes » et « Résistance en poche » ainsi que du dispositif de réalité virtuelle de la bataille de Bullecourt.

  • Valoriser les sites mémoriels dans une logique de parcours : l’application « Terre de mémoire en Ardennes », intervention de Marie-France Devouge (directrice du Musée Guerre et Paix en Ardennes).

En préambule de son intervention, Marie-France Devouge rappelle la richesse mémorielle du département des Ardennes : une centaine de sites différents (musée-mémorial, lieux fortifiés, sites, cimetières et nécropoles), témoins de différents conflits (1870-1871, Première et Deuxième Guerres mondiales).

Si ces sites sont valorisés de longue date, ils n’étaient, cependant, pas mis en réseau. En 2016, la perspective de la réouverture du Musée Guerre et Paix (effective en janvier 2018), identifié comme la porte d’entrée de ce réseau, incita alors le conseil départemental des Ardennes à lancer un projet territorial ambitieux : « Ardennes, terre de mémoire ». Pour matérialiser cette ambition, un parcours devait être réalisé pour mettre en réseau les différents sites mémoriels des Ardennes par l’intermédiaire d’un projet innovant. Ce projet permettrait d’affirmer le positionnement du territoire ardennais et mieux guider les publics dans sa découverte.

Lauréat de l’appel à projet « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire » en 2016 (33 % du budget financé par l’appel à projets pour un coût total de 46 000 €), un dispositif en 2 volets a alors été conçu pour les publics du musée et ceux du territoire (public de proximité, touristes français et internationaux) :

  • une borne avec une carte interactive dans un espace dédié du musée ;
  • une application disponible sur tablette et smartphone.

La borne interactive et l’application du projet « Terre de mémoire en Ardennes » 

Liés par leurs contenus et leurs fonctionnalités, ces deux volets ont permis de produire une notice (présentation historique, descriptif et visuels) pour chaque site (63 sites référencés), accompagnée de parcours urbains et de jeux. Depuis son lancement, l’application a été téléchargée plus de 1 000 fois et la borne consultée régulièrement par les quelques 25 000 visiteurs accueillis dans le musée en moyenne chaque année.

Pour mener à bien ce projet, de nombreux partenaires ont été mobilisés. La mise en réseau a été particulièrement essentielle pour fédérer autour d’une thématique structurante pour le territoire. Un comité scientifique a garanti la qualité des contenus produits. Des agences de développement touristique et offices de tourisme ont été mobilisés pour valoriser ce projet.

Ce premier projet a permis de fédérer les différents sites mémoriels ardennais à une échelle territoriale plus large : celle de la Région Grand Est. À ce titre, le tourisme de mémoire est inscrit dans l’une des 6 filières thématiques du schéma de développement touristique de la Région pour 2018-2023.  Cette filière est notamment animée, grâce à l’organisation de Rencontres et à l’animation du club croissance tourisme Grand Est pour réfléchir à un développement touristique régional.

L’application « Terre de mémoire en Ardennes » est un projet particulièrement fédérateur pour les différents sites du territoire. D’autres enjeux peuvent mener à la volonté de porter un projet numérique tels que ceux de proposer de nouvelles formes de médiations pour des jeunes publics. C’est l’ambition de l’application « Résistance en poche » du Musée de la Résistance de Limoges.

  • S’adresser aux jeunes publics : l’application « Résistance en poche », intervention d’Annie Martin (directrice du Musée de la Résistance de Limoges).

Dans son intervention, Annie Martin rappelle que le Musée de la Résistance de Limoges a ouvert en 2012. 6 ans après cette ouverture, les équipes du musée ont souhaité concevoir un parcours de médiation dédié aux jeunes publics (enfants de 8-12 ans), plus adapté à leurs pratiques numériques et de visite afin de faciliter la compréhension des textes présents dans le parcours permanent. L’équipe du musée a donc candidaté à l’édition 2018 de l’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire ».

Lauréat de l’appel à projets (financement à 50 % par l’appel à projets, soit 12 000 €), une application a donc été conçue en 6 mois avec l’aide d’une agence locale, OD&B. Pour s’adapter aux usages numériques et de visite des jeunes publics du musée, cette application a été réalisée en lien étroit avec les enfants des collègues et de ceux des concepteurs. Suite à ce travail de conception, l’application a été lancée le 18 juin 2019. Elle a fait alors l’objet d’une session de test avec une classe de CM2, d’une présentation au conseil municipal des jeunes avant d’avoir un écho plutôt favorable dans la presse locale.

Les écrans de l’application « Résistance en poche »

 

Téléchargeable sur IOS ou Android ou mise à disposition gratuite sur tablette à l’accueil du musée, l’application permet d’accéder à un parcours d’1h sur 10 séquences dans le musée, ponctuées de jeux, de questions et de réponses. Dans ce jeu, 3 parcours personnalisés par 3 enfants (Alice, Jean et Roger) permettent d’aborder, par leurs regards, les collections du musée.

Entre juin 2019 et mars 2020, environ 1 000 téléchargements ont été comptabilisés. La majorité des enfants réalisent ce parcours en autonomie et peuvent ainsi être sensibilisés à certaines notions qu’ils reverront ensuite à l’école.

La volonté de renouveler le regard sur le patrimoine mémoriel d’un site peut passer par une logique de parcours à l’instar de « Résistance en poche ». Elle peut aussi se déployer dans le cadre d’un projet plus expérientiel. C’est ce qu’a souhaité développer le Musée Jean et Denise Letaille – Bullecourt 1917 avec le dispositif de réalité virtuelle développé autour du champ de bataille de Bullecourt.

  • Valoriser l’histoire du site d’implantation de son musée : le dispositif de réalité virtuelle du champ de bataille de Bullecourt, intervention d’Aurélie Le Cadet (médiatrice culturelle au Musée Jean et Denise Letaille).

 Pour commencer, Aurélie Le Cadet rappelle la situation géographique du musée Jean et Denise Letaille – Bullecourt 1917. Situé à 15 kilomètres au sud-est d’Arras, il est implanté sur un territoire fortement marqué par la Première Guerre mondiale, notamment, la bataille d’Arras (avril / mai 1917). Ouvert en 2012, le musée, implanté sur le lieu de cette bataille, met en avant des vestiges du champ de bataille, des objets, des documents anciens, des parcours de soldats et une médiation écrite assez abondante. Or, sur les 4 000 visiteurs accueillis annuellement dans le musée, beaucoup ne semblaient pas lire tous les textes et peu utilisaient les dispositifs à leur disposition (audioguides).

Fort de ces constats, le musée a donc candidaté avec les services de la Communauté de Communes du Sud Artois à l’édition 2018 à l’appel à projets « Services numériques innovants destinés au tourisme de mémoire » afin d’améliorer la compréhension que peuvent avoir les publics de la bataille. Avec cette ambition et compte tenu de la place qui pouvait être allouée pour ce dispositif, il a été décidé de développer un projet de réalité virtuelle accessible par casque individuel.

Lauréat de l’appel à projet (36 000 € dont 50 % porté par l’appel à projets), un dispositif avec casque de réalité virtuelle a donc été conçu et mis en place en février 2020 en lien étroit avec des partenaires australiens (le Centre Sir John Monash de Villers-Bretonneux et l’Australian War Memorial de Canberra sur la partie scientifique) et la start-up Reality (sur la partie technique). Les expertises des médiateurs dans la scénarisation des contenus (validés par un historien australien) et des services numériques de la Communauté de Communes ont aussi été particulièrement mobilisées dans le cadre du projet. Avec un tel projet, de nombreuses synergies publiques / privées mais aussi internationales ont ainsi pu être nouées. Différentes compétences ont aussi été révélées (telles que celles des médiateurs) et mobilisées.

Vue du musée Jean et Denise Letaille et exemples de visuels accessibles via le casque de réalité virtuelle

L’expérience virtuelle permet de découvrir le champ de bataille en survol et en immersion. Différentes phases d’arrêt favorisent la découverte de visuels issus des fonds des musées australiens et permettent de mieux comprendre la topographie du champ de bataille et les contraintes auxquelles ont été confrontées les forces australiennes en 1917. Un tel format favorise donc la transmission par l’immersion, la sensation et l’expérience de ce qui est arrivé sur ce site.

Accessible dès 9 ans, le dispositif a été l’objet d’excellents retours visiteurs mais les fermetures successives du musée liées à la crise sanitaire n’ont pas permis pour le moment de le déployer plus intensément.

L’évocation de ces différents retours d’expériences des précédentes éditions de l’appel à projets ont donc permis de partager la richesse et la diversité des formats de transmission envisageables (jeux, parcours multi-sites, expérience dédiée) et la façon dont des structures très variées ont mis en réseau une pluralité de compétences et d’acteurs pour concevoir, financer ou communiquer sur leurs projets. Ces différents projets ont été des catalyseurs pour lancer d’autres projets (parfois, non numériques). Cette diversité d’approches se retrouve aussi auprès des lauréats de l’édition 2021.

3. L’édition 2021 de l’appel à projets : une richesse de formats et d’approches toujours à l’œuvre

Parmi les 8 lauréats de l’édition 2021, des projets particulièrement variés ont permis d’aborder d’autres enjeux liés à la préservation et à la valorisation du patrimoine mémoriel, à la création de nouveaux formats et de nouvelles formes de mutualisation et de mise en réseau. C’est notamment, ce qui a été partagé avec le Mémorial du Camp de Rivesaltes, avec le porteur du projet d’Oradour-sur-Glane, la Fédération nationale des CAUE et la ville de Champigny-sur-Marne.

  • S’immerger dans les mémoires multiples d’un lieu : « Rivesaltes VR », interventions de Marion Decome (responsable scientifique du Mémorial du Camp de Rivesaltes) et Janaïne Golonka (Jaïka).

Marion Decome débute son intervention en mettant en avant les différentes contraintes auxquelles le Mémorial du Camp de Rivesaltes se confronte pour faciliter l’appréhension de son site par ses visiteurs. Le camp s’étend sur près de 612 hectares, le mémorial sur 42 hectares. Il faut donc donner à voir l’ampleur géographique de ce site. Le mémorial est aussi confronté à différentes mémoires dues aux différentes fonctions du camp Joffre lorsqu’il était en activité entre 1941 et 2007 : camp de prisonniers, camp d’internement, centre de rétention administratif utilisé lors de la guerre d’Espagne, la Seconde Guerre mondiale ou lors des décolonisations. Enfin, les baraques présentes sur le site se dégradent rapidement. Il est donc particulièrement difficile de se projeter dans les conditions de vie des populations qui y ont été détenues.

Différentes contraintes inhérentes au Mémorial du Camp de Rivesaltes pour en appréhender les dimensions et l’histoire 

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes a donc candidaté à l’édition 2021 de l’appel à projets pour proposer de créer un dispositif de réalité virtuelle à destination des jeunes publics : collégiens entre 11 et 15 ans, jeunes de la Protection judiciaire de la jeunesse et des centres sociaux environnants. Ce projet a pour ambition de favoriser une entrée émotionnelle et une mémoire plus vivante et palpable tout en valorisant les fonds photographiques et objets présents dans le musée. Il sera réalisé en articulation étroite avec les autres formes de médiations présentes sur le site en proposant des séquences d’immersion avec le casque de réalité virtuelle et des séquences d’échange avec les médiateurs présents sur le site.


Présentation du projet « Rivesaltes VR »

Par ce projet, le mémorial souhaite impliquer les jeunes dans la conception de ce dispositif. Un hackathon est donc prévu pour définir l’expérience souhaitée en lien avec ces jeunes, les équipes du mémorial, l’agence prestataire (Jaïka) et les informaticiens du projet.

Au-delà d’un ensemble de partenariats locaux noués à l’occasion de ce projet (avec des établissements scolaires ou centres sociaux par exemple), « Rivesaltes VR » pourrait aussi être l’occasion de tisser des liens avec d’autres lieux d’internement en France et à l’étranger.

Souhaité pour favoriser une interprétation du site plus riche que celle qui pourrait être réalisée en autonomie par les visiteurs du site, ce projet semble, par certains contours, assez proche de celui envisagé à Oradour-sur-Glane.

  • Favoriser l’interprétation d’un site mémoriel : « Application Ici/Avant Oradour‐sur-Glane », intervention de Stéphane Michonneau (Maison européenne des sciences de l’homme et de la société – Lille).

 Stéphane Michonneau, dans son intervention, met en avant la diversité des acteurs en charge de la préservation et de la valorisation du village martyr d’Oradour-sur-Glane. Classé monument historique depuis 1946, le site est porté par la DRAC (ministère de la Culture), le cimetière et l’ossuaire par la commune, le centre de la mémoire par le Conseil départemental de la Haute-Vienne. Cette complexité administrative nécessite un projet fédérateur pour mieux accompagner les 300 000 visiteurs du site (dont 50 000 scolaires et des publics internationaux) et éviter ainsi des incompréhensions, clichés, voire, des gestes négationnistes.

Le site d’Oradour-sur-Glane, village martyr

Un projet porté par la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société de Lille (MESH) a donc été défini pour rendre le site d’Oradour (16 hectares) plus intelligible par le biais de contenus informationnels (commentaires, témoignages, documents historiques, etc.) tout en préservant des moments de silence et de recueillements nécessaires. L’application reviendra sur ce qu’il s’est passé le 10 juin 1944, proposera des pistes de compréhension de l’histoire de la mémoire d’Oradour et évoquera le sens de ces ruines (pourquoi les conserver et que faire de cet héritage ?). 


Les parcours envisagés dans l’application.

3 chemins de visite seront donc proposés :

  •  un premier circuit court (1h30 sur l’histoire du massacre),
  • un deuxième circuit (2h30 sur la question des mémoires d’Oradour, le mémorial et l’ossuaire, le nouveau bourg, la reconstruction et le vécu après le massacre),
  • un troisième circuit de balade entre Oradour et ses hameaux (3h30 pour présenter l’histoire d’Oradour dans son territoire).

La préservation des conditions propices au recueillement devait donc être particulièrement prise en compte dans ce projet : pas d’apposition de signalétique sur le site, pas de son perturbateur, pas d’usage de smartphone individuel pour éviter des comportements inappropriés.

Pour créer cette application, une diversité de partenaires a été mobilisée. Un comité scientifique composé de géographes, muséologues, d’un psychologue-ergonome, d’acteurs en charge de la préservation et de la valorisation du site (DRAC, familles des victimes d’Oradour-sur-Glane) et le partenaire technologique (Devocité) a été réuni pour candidater à l’appel à projets porté par la DPMA.

Présentation du projet « Application Ici/Avant Oradour‐sur-Glane »

Le choix des documents a déjà été opéré. Une version alpha sera ensuite proposée en septembre 2021 pour réaliser des tests à l’automne, puis, une version finale au printemps 2022 avant le lancement auprès du grand public. Une étude des publics (entretiens et questionnaires) sera réalisée en amont (pour mieux connaitre les publics d’Oradour), en cours de projet et pour suivre l’impact de l’outil numérique sur la perception de l’histoire et de la mémoire du site (après le lancement au printemps 2022).

En lien avec ce projet, une mise en réseau avec d’autres sites du Limousin pourra être envisagée tels que le Musée de la Résistance de Limoges, les réseaux des patrimoines de la reconstruction ou Tulle…

Si les projets lauréats de l’édition 2021 ont un ancrage territorial fort, nombreux d’entre eux ont aussi une ambition nationale, voire internationale. C’est le cas du projet « Archistoire » porté par la Fédération nationale des CAUE.

  • Mieux interpréter les mémoires des territoires : « Sur les traces des conflits du XXème siècle », interventions de Valérie Charollais (directrice de la FNCAUE) et Grégoire Chailleux (CEO, agence 9B+).

 Valérie Charollais débute son intervention par une brève présentation du réseau national des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE). Présents dans chaque département, les CAUE ont pour mission d’informer, former, conseiller et sensibiliser les élus, l’État, les professionnels de l’aménagement du territoire, les scolaires, les enseignants et le grand public.

Les missions des CAUE

Dans le cadre de ses missions de diffusion culturelle, la FNCAUE souhaite créer une application mutualisée nationale portée par les CAUE avec tous leurs partenaires (tourisme, architecture, urbanisme, paysage…). Pour mener à bien ce projet, la FNCAUE s’est rapprochée de la start-up 9B+ qui avait alors déjà développé l’application « Archistoire » avec le CAUE du Var, pour proposer deux projets pilotes de parcours mémoriels en lien avec le CAUE de l’Isère (parcours autour de 8 lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale de Grenoble) et celui de la Meurthe-et-Moselle (parcours autour de 13 lieux mémoriels de la Première Guerre mondiale).

L’application « Archistoire » fonctionnera pour ces sites sur le principe de réalité hybride (virtuelle et augmentée) et permettra ainsi de consulter des points d’interactions très scénarisés. Elle facilitera la création de contenus pédagogiques pour favoriser une porte d’entrée vers les territoires.

Chaque CAUE aura sa propre communication, relayée par ses partenaires et le réseau national de la fédération.  

Parcours envisagés pour le CAUE de l’Isère et celui de la Meurthe-et-Moselle

La volonté d’« Archistoire » de proposer une interprétation, notamment des paysages urbains, se retrouve aussi dans l’ambition que souhaite porter la ville de Champigny-sur-Marne.

 

  • Découvrir les différents conflits contemporains : « Parcours numériques touristiques de mémoire des 3 guerres », interventions de Laurent Jeanne (maire) et de Chloé Chotard (responsable Archives et Documentation) – Ville de Champigny-sur-Marne

 Pour ouvrir la présentation de ce projet, le maire de Champigny-sur-Marne rappelle l’ambition internationale de ce projet et la façon dont celui-ci s’articule avec le Musée de la Résistance nationale (MRN) et les enjeux touristiques de la ville. Il rappelle aussi la volonté d’évoquer, par le biais de parcours accessibles par une application, l’impact mémoriel des conflits contemporains (guerre de 1870-71, Première et Seconde Guerres mondiales) sur la commune.

Chloé Chotard présente ensuite les parcours numériques envisagés sous la forme d’une application numérique téléchargeable sur les stores et sur tablette (en prêt) pour une expérience immersive en 360° (en groupe ou de façon individuelle). Elle permettra de parcourir 10 points d’intérêts pour chacun des parcours envisagés sur le territoire de la commune. Ces parcours sont définis en lien étroit avec la société d’histoire de Champigny.

Le premier parcours déployé portera sur la guerre de 1870. Il permettra de découvrir l’ossuaire franco-allemand, le champ de bataille et de replonger dans des événements où ils ne restent que peu ou pas de vestiges pour raviver le souvenir et donner une dimension sensorielle mais aussi attirer de jeunes visiteurs. L’application intégrera des contenus audio, du texte, des archives, des podcasts avec des circuits de différentes durées selon les profils des visiteurs. Elle sera proposée en anglais et en allemand. Les parcours sur la Première et la Deuxième Guerres mondiales (en collaboration avec le Musée de la Résistance nationale) seront développés dans un deuxième temps.


Présentation du projet porté par la ville de Champigny-sur-Marne

Ces différents parcours seront l’occasion de coordonner les différents sites culturels du territoire mais aussi de développer des partenariats avec des villes alentours (dont certains équipements culturels tel le musée de la Grande Guerre de Meaux), ainsi que des jumelages avec le Portugal et l’Allemagne.

D’autres parcours seront ensuite envisagés sur le patrimoine naturel et architectural de la ville.

 

Ces différents exemples sont autant d’illustrations de formes de transmission qui peuvent être envisagées pour contribuer à la préservation, à la valorisation et à la mise en tourisme du patrimoine mémoriel de ces différents sites. Chacun de ces projets propose une diversité d’approches dans la façon de mobiliser un ensemble d’autres acteurs sur ces projets tant en phase de conception, de communication, d’évaluation ou de financement. Pour autant, la plupart de ces projets permettent de structurer et mettre en cohérence un discours commun et peuvent ouvrir ainsi au développement d’approches plus mutualisées et en réseau. Pour développer ces approches, les lieux de mémoire peuvent compter sur le soutien de la DPMA et plus particulièrement du réseau des musées et mémoriaux des conflits contemporains qu’elle anime.

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