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6 août 2026

3 questions à – Olivier Cogne, directeur du Musée dauphinois.

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Cet entretien a été réalisé avec Olivier Cogne, directeur du Musée dauphinois, dans le cadre de l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? ». Il met en avant une approche sobre et collaborative du numérique, pensée comme un outil de récit et de lien social au service des patrimoines alpins et des mémoires partagées.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Le musée dauphinois

Quels sont les objectifs et enjeux stratégiques de votre établissement en termes de numérique ?

Le numérique n’est pas une fin en soi, mais un outil au service du sens et de notre mission de musée de société. Ce qui compte, c’est ce que le numérique permet de transmettre ou de faire ressentir. Il prolonge notre engagement à interroger les cultures du territoire alpin, en les rendant accessibles à tous les publics. Chaque fois que nous utilisons un dispositif numérique, la question centrale reste : en quoi sert-il notre récit ?

L’un de nos enjeux essentiels est de maintenir une approche sobre, éthique et cohérente. Nous sommes très attentifs à ne pas tomber dans une logique d’équipement spectaculaire. Avant de lancer un projet, nous nous demandons toujours : est-ce que c’est utile ? est-ce que c’est durable ? est-ce que c’est pertinent dans notre démarche ?

Un autre axe fort de notre stratégie, c’est la participation des publics. Le numérique peut jouer un rôle très positif pour intégrer les savoirs et les mémoires des habitants, mais cela suppose de concevoir des outils réellement ouverts, contributifs, et respectueux des usages sociaux. Nous devons penser les dispositifs non pas pour les publics, mais avec eux.

Et puis, il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seuls : nous faisons partie d’un réseau départemental de musées, et cela influe beaucoup sur notre stratégie. La mutualisation des moyens et des expérimentations permet d’avancer collectivement, sans isoler les établissements ou dupliquer les efforts. Cela nous aide à construire une politique numérique équilibrée, soutenable et solidaire.

Quelle est l’histoire de la médiation numérique in situ dans votre établissement ? Quels en sont les grands projets emblématiques ?

La médiation numérique in situ au Musée dauphinois s’est développée progressivement à partir du milieu des années 2000, avec une volonté constante d’en faire un outil au service du propos scientifique et culturel, et non une fin en soi. Cette orientation s’inscrit dans une politique d’innovation centrée sur la narration, l’implication des publics et la valorisation des patrimoines, matériels comme immatériels.

Le premier tournant structurant a lieu en 2013 avec l’accueil de Muséomix, événement collaboratif et participatif national dédié à l’innovation muséale. Cette édition, parmi les premières en France, marque le début d’une réflexion intégrée sur la co-construction de dispositifs numériques avec les usagers.

C’est dans ce contexte que naît la machine à contes, une borne interactive de consultation et de collecte de récits issus du patrimoine oral régional. Ce dispositif, enrichi en 2015, a été pérennisé dans l’exposition « Gens de l’Alpe », puis reconduit dans l’exposition de référence actuelle « Alpins. 7000 ans d’histoires ».

La machine à contes, un dispositif pérennisé au sein de l’exposition de référence du musée © Musée dauphinois/Département de l’Isère.

En 2023, le musée inaugure cette nouvelle exposition de référence, dans laquelle est intégré un autre dispositif emblématique : une maquette physique des Alpes françaises animée par vidéomapping. Cette carte animée permet de visualiser 7 000 ans de mobilités alpines, à travers une narration audio multilingue accessible à des groupes. Ce dispositif immersif et pédagogique est à la fois synthétique et sensible, combinant rigueur scientifique et mise en scène sobre.

La cartographie animée développée au sein de l’exposition de référence du musée © Musée dauphinois/Département de l’Isère.

Ces deux projets sont emblématiques de la philosophie numérique du musée : un usage maîtrisé et contextualisé, au service du récit, de la participation et de la transmission.

Quels sont les moyens et ressources alloués au développement de la médiation numérique in situ dans votre établissement ?

Le développement de la médiation numérique in situ au Musée dauphinois repose sur une combinaison de moyens propres à l’établissement et de ressources mutualisées à l’échelle départementale.

  • Le musée mobilise ses budgets de fonctionnement et d’investissement, avec une possibilité d’intégrer des dispositifs numériques dans la programmation annuelle (expositions de référence ou temporaires).
  • Il bénéficie de crédits spécifiques fléchés pour l’innovation numérique par la direction de la culture du Département de l’Isère. Ces fonds permettent de financer des dispositifs complexes ou ambitieux, comme la cartographie animée de l’exposition « Alpins. 7000 ans d’histoires ».
  • Le musée peut s’appuyer sur le service des missions transversales du Département, qui coordonne la stratégie numérique du réseau des musées de l’Isère, mutualise les expertises et facilite l’accès à des compétences externes.
  • En revanche, l’établissement ne dispose pas en interne d’un technicien dédié au numérique, ce qui induit une forte dépendance à des prestataires extérieurs pour la conception, la mise en œuvre et la maintenance des dispositifs.
  • La maintenance est désormais intégrée aux marchés publics passés avec les prestataires, afin d’assurer la pérennité des équipements numériques.

Cette organisation permet une certaine souplesse dans l’innovation, tout en garantissant une cohérence et une optimisation des moyens à l’échelle départementale.

Selon vous, quels sont les défis qu’induisent le développement de projets numériques in situ dans les musées ?

Ce que nous constatons, c’est que le développement du numérique dans les musées implique une vigilance accrue sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan technique : la maintenance reste un point sensible. Beaucoup de musées, dont le nôtre, ont été confrontés à des difficultés parce que les dispositifs numériques installés n’étaient pas pensés pour durer ou être facilement maintenus. Nous avons tiré les leçons de ces expériences passées : aujourd’hui, nous intégrons systématiquement des clauses de maintenance dans nos marchés publics. Mais cela ne résout pas tout, notamment en l’absence de technicien numérique en interne.

Un autre défi majeur pour nous, et c’est une ligne directrice forte, c’est la sobriété numérique. Le Musée dauphinois est engagé dans une réflexion écologique globale, en lien avec le manifeste de la Fédération des écomusées et musées de société (FEMS), auquel nous adhérons. Le numérique n’échappe pas à cette exigence. Cela implique de ne pas céder à la tentation de l’innovation pour l’innovation, mais de se poser à chaque fois la question du sens, de l’utilité, de la durabilité, et de l’impact énergétique. Un dispositif, aussi spectaculaire soit-il, n’a pas lieu d’être s’il ne sert pas un propos clair ou s’il ne respecte pas une forme de sobriété dans sa conception.

Par ailleurs, il y a un enjeu de reconnaissance de la valeur des contenus apportés par les publics. Nous avons collecté énormément de récits via la machine à contes depuis plus de dix ans. Mais ces récits, ces mémoires, n’ont pas encore été véritablement valorisés. Il faut maintenant penser des dispositifs qui fassent vivre ces apports, qui les rendent visibles et accessibles, dans une logique de réciprocité.

Enfin, le numérique doit nous servir à mieux faire société, à créer du commun dans un monde de plus en plus fragmenté. Cela suppose aussi de ne pas opposer publics connectés et publics éloignés du numérique. Tous doivent pouvoir trouver leur place dans nos expositions. C’est là que réside, à mon sens, la vraie pertinence d’une médiation numérique responsable.

Fiches projets

La Machine à contes, un dispositif pérennisé au sein de l’exposition de référence du musée

La machine à contes permet de découvrir de nombreux récits légendaires des Alpes, collectés pendant plusieurs décennies par Charles Joisten, ancien conservateur au Musée dauphinois. Elle vous propose aussi d’enrichir ce corpus en enregistrant à votre tour un conte traditionnel ou inventé, créé seul ou à plusieurs voix à partir de mots clés proposés.

Maquette animée par vidéomapping, 7000 ans de mobilités alpines

Enrichissement de l’exposition de référence « Alpins. 7000 ans d’histoires » par une maquette physique des Alpes françaises animée par vidéomapping . Cette carte animée permet de visualiser 7 000 ans de mobilités alpines, à travers une narration audio multilingue accessible à des groupes.


Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Un grand merci à Olivier pour sa contribution !