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13 avril 2026

3 questions à : Frédéric Nowicki, Conseiller numérique à la DRAC Hauts-de-France

Table des matières

Cet entretien a été réalisé avec Frédéric Nowicki, Conseiller numérique à la DRAC Hauts-de-France, dans le cadre de l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? ». Il met en avant l’implication de la DRAC Hauts-de-France pour soutenir les projets numériques des acteurs culturels de la région.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Pourriez-vous présenter la DRAC Hauts-de-France ?

La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) Hauts-de-France est une administration déconcentrée du ministère de la Culture, issue de la fusion des anciennes régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie en 2016. Son rôle est d’accompagner et de soutenir les politiques culturelles dans la région, en lien avec les collectivités territoriales, les institutions et les professionnels.

La DRAC Hauts-de-France ne se positionne pas uniquement dans une logique patrimoniale ou historique, mais adopte une vision transversale de la culture.

La DRAC s’appuie aussi sur des réseaux de professionnels régionaux tels que :

  • Musenor, association qui regroupe plus d’une centaine de professionnels issus de 90 musées portant majoritairement l’appellation « Musée de France » pour promouvoir les musées de la région et leurs collections, échanger et mutualiser ou construire des projets collectifs d’envergure.
  • Proscitec, réseau de musées scientifiques, techniques et industriels (environ 140 structures) en lien avec l’histoire des métiers des Hauts-de-France et territoires limitrophes en créant des liens entre ce patrimoine et le monde économique, touristique et sociétal.
  • AR2L, l’agence régionale du Livre et de la Lecture des Hauts-de-France est une structure interprofessionnelle. Centre de ressources livre et lecture, elle est aussi le lieu d’accompagnement des acteurs du livre et de la lecture en région. Elle fédère un réseau d’une trentaine de bibliothèques de la région. L’association couvre le monde du livre et de la lecture et développe quatre missions autour : d’études, de conseil/formation, d’actions de médiation et de diffusion de l’information.
  • Mem’Histo, réseau des musées d’histoire et de mémoires des conflits contemporains des Hautsde-France composé de 17 membres répartis sur le territoire pour valoriser l’offre muséale de ses musées partenaires, créer des synergies et des pistes de mutualisation et identifier les besoins de formations et d’emplois.

Comment la DRAC accompagne les professionnels et institutions face
aux évolutions liées au numérique ?

La DRAC soutient activement les projets de numérisation et de valorisation numériques via deux dispositifs
principaux :

  • PNV (Programme national de Numérisation et de Valorisation) : Créé en 1997 initialement dans le
    cadre d’une gestion centralisée par le ministère de la Culture. En 2018, les crédits sont déconcentrés et attribués directement aux DRAC pour permettre un appui de proximité aux projets numériques. Les projets de numérisation alimentent ainsi un ensemble de portails régionaux accessibles au grand public, tout en assurant un versement parallèle sur les bases de données du ministère de la Culture, ainsi que sur ses agrégateurs nationaux, puis Europeana pour une diffusion internationale. La stratégie numérique du ministère de la Culture devrait venir renforcer ces dynamiques, notamment par la démocratisation de l’accès aux contenus culturels numériques et l’amélioration de la diffusion interrégionale des bases de données, à l’instar de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, déjà engagée dans cette voie.
  • Appel à projets ADNI (Applications et dispositifs culturels numériques innovants) : Lancé en 2017, ce dispositif permet de soutenir chaque année 15 à 20 projets. Les projets sont instruits en six semaines, avec une phase d’expertise partagée entre les services internes de la DRAC et des experts nationaux référents au ministère de la Culture. Chaque projet a la possibilité d’être subventionné par la DRAC jusqu’à hauteur de 20 000 €, dans la limite d’une enveloppe globale d’environ 200 000 € par an (150 000 € pour l’année en cours).

Depuis 2018, près de 90 projets ont été soutenus pour alimenter les parcours de visite des musées et sites patrimoniaux (30% des projets reçus chaque année via les appels à projets concernent les musées et 25% pour les archives) portant par exemple sur :

Le Centre historique minier de Lewarde, en utilisant l’intelligence artificielle pour faire plonger ses visiteurs dans le quotidien des miniers. Dès les années 70, les anciens ouvriers miniers ont été intégrés au projet en proposant des visites guidées ou témoignages. En 2024, l’intelligence artificielle sert de vecteur de mémoire et de témoignage où les visiteurs peuvent dialoguer avec trois anciens mineurs via une tablette interactive et un grand écran.

Tournage des témoignages © Centre historique minier de Lewarde

En 2023, le Centre d’histoire La Coupole près de Saint-Omer, à Helfaut, installé dans une base souterraine de la Seconde Guerre mondiale, s’est équipé d’Histopad, combinant 3D et réalité augmentée afin de renforcer leur dispositif de médiation numérique. Le projet s’est inscrit dans le cadre d’une réflexion portée sur une révision des contenus, des technologies, de l’ergonomie et de la visite interactive du site. Un projet inscrit dans le cadre d’une initiative portée par le Conseil départemental du Pas-de-Calais.

Histopad de la Coupole © La Coupole

Le Musée maritime et portuaire de Dunkerque propose un jeu vidéo interactif transgénérationnel pour revivre un épisode de la guerre de Hollande, faisant intervenir reconstitutions 3D et collections du musée. Les visiteurs incarnent Jean Bart, célèbre corsaire dunkerquois. Ce dispositif est soutenu par la DRAC Hauts-de-France, permet d’utiliser le numérique comme un outil qui dispose derrière de la collection physique. revivre un épisode de la guerre de Hollande à bord du navire « La Palme ».

Jeu vidéo interactif © Musée maritime et portuaire de Dunkerque

La ville d’Abbeville lance la plateforme numérique pour valoriser et diffuser son patrimoine local, dans une démarche
de transmission à un large public. Ce portail, soutenu par la DRAC Hauts-de-France et issu de l’appel à projets ADNI, donne accès à près de 30 000 documents numérisés. Il réunit les fonds des archives, de la bibliothèque, du musée et du service Patrimoine.

Plateforme “Abbeville Patrimoine” © Abbeville patrimoine

L’accompagnement porte aussi sur :

  • Compléter et prolonger les dispositifs proposés par la stratégie numérique du ministère de la Culture au niveau régional.
  • Développer un axe culture et numérique spécifique au territoire des Hauts-de-France.
  • La structuration des données numériques, avec une attention à l’interopérabilité (bases Joconde, portails régionaux, Archives nationales, voire européennes).
  • La pertinence des contenus, en lien avec la politique de communication et les objectifs de démocratisation culturelle.

Selon vous, quels sont les défis qu’induisent le développement de projets numériques in situ dans les musées ?

Au sein du territoire hauts-de-France, il existe de fortes disparités en termes :

  • De moyens et d’innovation : si les grandes structures régionales, comme le Palais des Beaux-Arts (PBA), sont en capacité de porter leurs propres projets de numérisation, les petits établissements, eux, manquent souvent de personnel et de ressources. Pour répondre à ce besoin, la DRAC encourage les projets collectifs portés par des réseaux, tels que Proscitec ou Musenor, qui rassemblent des institutions autour de thématiques communes (ex : inventaire du patrimoine industriel).
  • De financements : dans un contexte de restrictions budgétaires, la pérennité des appels à projets numériques est de plus en plus complexe à assurer.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Un grand merci à Frédéric pour sa contribution !