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10 septembre 2026

3 questions à – Laure Danilo, Présidente de l’AMCSTI (Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle).

Table des matières

Cet entretien a été réalisé avec Laure Danilo, Présidente de l’AMCSTI (Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle), dans le cadre de l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? ». Il met en avant l’implication de l’AMCSTI pour soutenir les acteurs de la culture scientifique dans leurs projets.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Pourriez-vous présenter l’AMCSTI ?

L’AMCSTI (Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle) est le réseau national et francophone de la culture scientifique. Il regroupe 270 structures professionnelles, allant de petites associations avec quelques membres à de grands établissements de plus de 1 500 salariés, pour un total de 35 000 professionnels représentés. Ses membres incluent une diversité d’acteurs : musées, muséums, centres de sciences, associations d’éducation populaire, universités, aquariums, fablabs, médiathèques, organismes de recherche, etc.

L’objectif fondamental de l’AMCSTI est de fédérer cette pluralité d’acteurs pour :

  • Favoriser les échanges d’expériences et de pratiques ;
  • Créer des conditions de travail en partenariat ;
  • Stimuler une montée en compétence collective ;
  • Encourager une démarche d’idéation et le développement d’une vision prospective de la culture scientifique ;
  • Porter un plaidoyer institutionnel en faveur de la reconnaissance de la culture scientifique et industrielle à l’échelle nationale et territoriale.

L’AMCSTI agit comme une interface entre le niveau local et le niveau national, notamment grâce à son réseau d’animateurs régionaux. Ses actions comprennent, entre autres, des groupes de travail, des rencontres stratégiques, des congrès, ainsi que des initiatives collaboratives permettant de renforcer le lien entre les structures membres et les territoires.

L’AMCSTI relaye et publie également un ensemble d’articles, rapports et bilans pour déployer son influence et diffuser les connaissances et retours d’expériences . Des réflexions sur le numérique y sont parfois publiées. C’est le cas, par exemple, d’un article publié en mars 2025 sur Cosmocité et, qui évoque comment le centre de sciences grenoblois a développé une diversité de contenus immersifs (pour aller plus loin, voir l’entretien réalisé pour cette étude avec les équipes de Cosmocité).

Exemple de bulletin de l’AMCSTI © AMCSTI.

Comment l’AMSCTI accompagne les professionnels face aux évolutions liées au numérique ?

Une approche en réseau pour un numérique complémentaire et pluriel

Dans le réseau AMCSTI, le numérique est pensé comme un outil supplémentaire à la médiation humaine, au cœur de nos pratiques professionnelles mettant à l’honneur des approches basées sur les manipulations ou les ateliers. Cette posture partagée se traduit par une volonté de modération dans l’usage du numérique, voire un recul stratégique au profit d’éléments plus humains, sensoriels ou matériels (collections, objets ou dispositifs non numériques). Les formes numériques adoptées par les centres de science sont, par conséquent, plurielles (elles sont de l’ordre du spectaculaire, du multimédia ou de l’interactif) :

  • Applications de visite : Si elles sont fréquentes dans les musées classiques, elles sont peu répandues dans les muséums ou centres de sciences. Plusieurs membres expriment la volonté de ne pas « voir les visiteurs parcourir le lieu à travers leur téléphone ».
  • Préférence pour des dispositifs ponctuels et localisés dans un objectif précis plutôt que des installations numériques omniprésentes.
  • Réalité augmentée : Utilisée principalement dans des expositions temporaires, souvent pour enrichir l’expérience autour d’un objet (ex. : reconstitution autour d’un dinosaure). Elle est plus visible que la réalité virtuelle, qui reste anecdotique et cantonnée à quelques projets ponctuels de recherche ou d’université.
  • Dispositifs interactifs : Très présents dans les musées, souvent utilisés pour permettre au visiteur d’agir (ex. : déplacer des éléments, manipuler une cartographie, reconstituer un squelette).
  • Intelligence artificielle : Bien que non encore centrale, elle suscite un intérêt croissant et pourrait devenir un enjeu plus structurant à l’avenir. Elle est déjà utilisée dans certains cas comme base de travail pour préparer des interviews ou des ateliers avec une présence humaine forte pour affiner la formalisation et l’animation de ce type de projet.

Au niveau de notre réseau, il n’existe pas de groupe de travail spécifique sur la médiation numérique, mais le sujet est abordé dans le groupe sur la médiation scientifique. Le numérique n’a encore jamais été thématisé dans un congrès de l’AMCSTI, contrairement à d’autres sujets jugés plus structurants. Le numérique étant traité comme un moyen, non comme une fin.

Escape Game IceCore Adventure © James Choux.

Selon vous, quels sont les défis qu’induisent le développement de projets numériques in situ dans les musées ?

➜ NUMÉRIQUE EX SITU VS IN SITU

Le développement numérique doit souvent s’envisager dans une logique « hors les murs », afin de massifier les actions, atteindre de nouveaux publics ou prolonger une exposition ou une action au-delà de son espace physique. Cela permet aussi de contourner certaines contraintes de médiation in situ et d’élargir l’impact des actions menées.

➜ INCLUSION ET VIGILANCE

Le numérique est vu comme un levier potentiel d’inclusion, notamment via l’accessibilité ou la diffusion, mais il peut également produire de l’exclusion (fracture numérique, publics éloignés, surcharge cognitive). Cette ambivalence est bien identifiée par les professionnels du réseau, qui prônent des usages raisonnés, contextualisés et éthiques.

➜ UNE ADOPTION GRADUELLE ET RAISONNÉE

Le numérique ne suscite ni rejet, ni engouement massif. Il ne s’agit pas tant de cela que de reconnaître les potentiels d’un outil et d’y faire appel lorsqu’il en est besoin, comme une « vague douce » qui s’intègre au bon moment et à la juste place. Le propre de la médiation scientifique est de questionner : les publics, les représentations, les usages, les outils.

➜ UNE POSITION SPÉCIFIQUE VIS-À-VIS DES SAVOIRS

Les structures membres de l’AMCSTI, dont les muséums, hébergent de la connaissance, mais ne produisent pas la connaissance scientifique qui, reste le fait des laboratoires de recherche, universitaires et organismes de recherche. L’enjeu n’est donc pas de s’approprier les savoirs, mais de faire évoluer la relation entre science et société, en développant des modalités innovantes de partage, de dialogue et de médiation. Le numérique peut être un vecteur dans cette dynamique, à condition qu’il serve la qualité de la transmission et la compréhension, et non qu’il en devienne l’interface unique.


Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Un grand merci à Laure pour sa contribution !