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16 juillet 2026

3 questions à – Paul Rondin, Directeur de la Cité internationale de la langue française

Table des matières

Cet entretien a été réalisé avec Paul Rondin, Directeur de la Cité internationale de la langue française, dans le cadre de l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? ». Il met en avant la diversité des projets numériques et leurs enjeux développés dans cet établissement.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Quels sont les objectifs et enjeux stratégiques de votre établissement en termes de numérique ?

Après quatre années de chantier sous le pilotage du Centre des monuments nationaux, le château de Villers-Cotterêts a ouvert ses portes au public en novembre 2023. Premier lieu culturel entièrement dédié à la langue française, il permet de partager et de faire vivre sa richesse, sa diversité, sa vitalité, en étroite collaboration avec de nombreux partenaires locaux, régionaux, nationaux et internationaux, dont l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), avec qui une convention de partenariat a été signée dès 2021.

Lieu singulier, innovant et ouvert à l’international, l’objectif est de faire de la Cité un carrefour vivant de la langue française, qui croise les enjeux culturels, sociaux, politiques, scientifiques et éducatifs de la francophonie . Il est ainsi primordial de dépasser le modèle muséal traditionnel pour proposer une « culture en action », au croisement du théâtre, de la chanson, de l’humour, des arts visuels mais aussi du numérique et de l’expérience in situ. La Cité internationale de la langue française propose ainsi un large éventail d’activités autour de la langue française mais aussi des initiatives pour découvrir et apprécier la richesse architecturale du château de Villers-Cotterêts, son parc et la forêt de Retz qui le borde.

Tout au long de l’année, la Cité accueille des expositions temporaires, des spectacles, concerts ou débats dans son auditorium, divers événements sous la verrière et son « ciel lexical », mais aussi des sessions de formation, des ateliers, des activités pédagogiques, des résidences d’artistes ou de chercheurs, ou encore des entreprises spécialisées dan les technologies de la langue.

Quelle est l’histoire de la médiation numérique in situ dans votre établissement ? Quels en sont les grands projets emblématiques ?

Un parcours permanent où le numérique est au cœur de l’expérience de visite

Un parcours de visite permanent donne à voir l’aventure du français, sa diffusion dans le monde, son évolution au contact des autres langues, son lien à la construction politique de la nation, son rapport aux langues régionales, sa constante réinvention. Réalisation collective, le parcours permanent « L’aventure du français » a été mis en place sous le commissariat scientifique de Xavier North, délégué général à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture de 2004 à 2014, commissaire principal, Barbara Cassin, philologue, membre de l’Académie française, Zeev Gourarier, ancien directeur scientifique et des collections du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille, et Hassane Kassi Kouyaté, directeur du festival des Francophonies – des écritures la scène de Limoges.

Situé au premier étage du Logis royal, le parcours permanent s’étend sur quinze salles réparties en trois sections dont une salle d’introduction sur le château et son territoire.

Vue sur le parcours permanent © Cité internationale de la langue française

Le numérique étant au cœur de l’expérience de visite et de la mission de diffusion de la Cité, le parcours permanent propose ainsi plus de 60 dispositifs interactifs : jeux linguistiques, expériences sonores, dispositifs immersifs (projection 360°, dôme sonore, etc.). Ces dispositifs ont été pensés dans une approche ludique et participative, en réaction à une approche muséale jugée trop figée . Les artistes et créateurs ont été intégrés très tôt au projet.

À titre illustratif, de nombreux dispositifs ponctuent le parcours de visite : la « bibliothèque magique » . Face à une bibliothèque composée de milliers d’ouvrages écrits en français, de tous les continents, de toutes les époques et de tous les genres, les visiteurs sont invités à répondre à une série de questions et repartent avec une recommandation de lecture personnelle grâce à une intelligence artificielle.

La bibliothèque magique © cité internationale de la langue française

Le parcours a été scénographié par l’Atelier Projectiles en collaboration avec le Centre des monuments nationaux et avec la participation de grands opérateurs comme l’OIF, TV5 Monde et France Education International. En termes d’accessibilité, le parcours est accessible aux visiteurs non-francophones (anglais, allemand), une application permet de l’ouvrir à cinq autres langues (italien, espagnol, néerlandais, arabe et chinois), ainsi qu’en langue des signes française.

Un parcours permanent dématérialisé pour une large diffusion hors les murs

Afin de donner un accès plus large à ce parcours à travers l’aventure de la langue française, la Cité internationale de la langue française produit une version dématérialisée de son parcours permanent à même d’être déployée en France et à l’international.

Ce parcours dématérialisé, prévu pour être lancé en juillet 2025, reprend une vingtaine de dispositifs adaptés pour être accueilli dans des lieux à l’international : alliances françaises, Instituts français, Micro-Folies . Il est pensé comme un relai humain et culturel, et non comme un produit figé

Quels sont les moyens et ressources alloués au développement de la médiation numérique in situ dans votre établissement ?

De nombreux partenaires ont apporté leur contribution au contenu du parcours de visite dont la Délégation générale à la langue française et aux langues de France – ministère de la Culture, TV5 Monde, RFI, l’Organisation internationale de la Francophonie, la Fédération internationale des professeurs de français, le festival des Francophonies – Des écritures à la scène, la Bibliothèque nationale de France, l’Académie française… Plusieurs institutions ont prêté également des objets de leurs collections, notamment le musée du Louvre, le Musée national des arts asiatiques – Guimet, la Comédie-Française, le Musée national de l’Éducation, le Mucem – Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, l’Imprimerie nationale…

Les moyens déployés par la Cité reposent ainsi sur des équipes spécialisées (médiateurs, formateurs, programmateurs, techniciens) et des experts partenaires (Agence Universitaire de la Francophonie, France Éducation International, TV5 Monde, etc.) ce qui lui permet des apports et un financement diversifiés entre le Centre des monuments nationaux (CMN), les différents ministères, ou via le mécénat.

Selon vous, quels sont les défis qu’induisent le développement de projets numériques in situ dans les musées ?

Le modèle de la Cité se veut à la fois évolutif et immersif. Le numérique n’y est pas un outil accessoire, mais un levier de médiation, de partage, et d’action culturelle . Cette approche suppose une veille constante et une capacité à adapter les contenus et dispositifs aux nouveaux usages. La Cité se positionne ainsi comme laboratoire prospectif sur les usages de la langue et des technologies associées. L’objectif est de faire évoluer les parcours, l’expérience et les pratiques, en accompagnant les mutations linguistiques et technologiques dans la durée.

Pensée comme un « laboratoire des langues et de la francophonie », la Cité porte l’ambition d’être à l’avant-poste des enjeux prospectifs liés à la langue française : lutte contre l’insécurité linguistique, enjeux d’apprentissage… Elle entend faire collaborer chercheurs, entreprises et publics autour des nouveaux défis linguistiques, elle participe à ce titre à la réflexion engagée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture et est membre d’un consortium de partenaires visant à créer un Centre de référence français et européen dédié aux technologies de la langue (Alt-Edic) .

Incubateur de référence en Europe des technologies du langage, la Cité constitue, autour de l’avenir de la langue au prisme des nouveaux outils et usages, un espace de rencontres, de débats, de travail, de réflexion entre les professionnels et d’expérimentation de projets innovants, qui bénéficient pour éprouver leurs hypothèses d’un public très diversifié.

La Cité a également l’ambition de promouvoir l’utilisation de la langue française dans le monde académique. À la suite de la déclaration du XIXe Sommet de la Francophonie qui remet l’enseignement de la langue française au premier rang des défis à relever par l’ensemble des pays membres de l’OIF, le Collège international de Villers-Cotterêts a été créé pour répondre de manière à la fois politique et opérationnelle à l’amélioration des compétences et des connaissances des enseignants de français afin de rendre ce métier plus attractif et ainsi créer de nouvelles vocations dans l’espace francophone. Il se compose de trois filières : enseignant. es-chercheur.ses/résidences sur la didactique du français, cadres éducatifs francophones et traducteur.ices/interprètes. Pour chaque filière, un programme est mis en place avec d’autres partenaires (OIF, IFEF, AUF, France Education international) pour proposer des formations innovantes mêlant pédagogie et culture.

Les coûts liés au maintien et au renouvellement technologique des dispositifs, ainsi qu’au déploiement du parcours dématérialisé, nécessitent des arbitrages continus et la recherche de nouveaux partenariats de financement. L’un des grands enjeux des développements à venir réside ainsi dans la capacité à renouveler les publics sans figer les contenus . Cela suppose d’intégrer des sujets contemporains (genre, créolisation, réseaux sociaux…) et de maintenir une interaction forte avec les publics cibles, notamment jeunes et scolaires.

Fiche projet : dématérialisation du parcours permanent

Le parcours permanent de la Cité compte plus d’une soixantaine de dispositifs multimédias, présenté pour être interactif et ludique.


Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Un grand merci à Paul pour sa contribution !