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7 juillet 2026

3 questions à – Yves Le Pannerer, Conseiller pour le cinéma, l’audiovisuel et le numérique à la DRAC Nouvelle-Aquitaine

Table des matières

Cet entretien a été réalisé avec ves Le Pannerer, Conseiller pour le cinéma, l’audiovisuel et le numérique à la DRAC Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre de l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? ». Il met en avant l’implication de la DRAC pour soutenir les projets numériques des acteurs culturels de la région.

Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Pourriez-vous présenter la DRAC Nouvelle-Aquitaine ?

Yves Le Pannerer est conseiller pour le cinéma, l’audiovisuel et le numérique à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Nouvelle-Aquitaine. Il pilote la stratégie numérique pour l’ensemble de la DRAC, aux côtés de David Redon (référent basé dans le Limousin) et Claire Harsany (basée à Poitiers) . Cette équipe coordonne les actions menées autour des enjeux numériques, en lien étroit avec l’ensemble des équipes de la DRAC et les acteurs régionaux.

Comment la DRAC accompagne les professionnels et institutions face aux évolutions liées au numérique ?

L’APPEL À PROJETS « CULTURES CONNECTÉES »

Le dispositif « Cultures Connectées » constitue l’outil principal d’accompagnement mis en place par la DRAC et la Région. Il vise à favoriser l’émergence d’outils de médiation et de créations artistiques enrichis par des technologies numériques.

Historiquement, cet appel à projets trouve ses origines dans les politiques de numérisation du patrimoine initiées il y a plus d’une quinzaine d’années. À l’époque, il s’agissait essentiellement de numériser les archives et les données culturelles dans le cadre des CPER (Contrats de Plan État-Région). En 2015, lors de la fusion des régions, cette politique de soutien a évolué pour s’étendre à toute la Nouvelle-Aquitaine ainsi qu’à une diversité de disciplines artistiques et de formes de créativité numérique. L’Aquitaine, particulièrement en avance sur les enjeux de numérisation, a servi de moteur dans cette évolution à l’échelle de la grande région. Le dispositif s’est progressivement imposé comme un outil structurant, aujourd’hui bien identifié, ancré dans les territoires, et reconnu pour sa capacité à soutenir des projets dans tous les secteurs culturels et sur l’ensemble de la région.

Cap sur le numérique en région Nouvelle-Aquitaine © Cultures Connectées 2025 / Su San Lee

Doté d’une enveloppe de 600 000 € par an (300 000 € apportés par la DRAC et 300 000 € par la Région), cet appel à projets soutient chaque année entre 30 et 40 projets, choisis parmi environ 80 candidatures. Il s’adresse à l’ensemble des disciplines culturelles, avec une attention particulière portée à la création, à la médiation, et à l’innovation numérique. En moyenne, un tiers des projets retenus relèvent du patrimoine, notamment des musées.

En 2024, 71 dossiers ont été déposés et 39 projets ont été lauréats, comme par exemple, le futur musée d’Art et d’Histoire de Saint-Yrieix, porté par la ville (87). Doté d’un parcours semi-permanent renouvelé tous les 2 ans depuis sa réhabilitation en mai 2025, cette candidature avait pour objectif de développer un ensemble d’outils numériques et immersifs tout au long du parcours, en plus de l’intégration récente de la Micro-Folie développée sur le territoire. Cette initiative s’est également construite en tenant compte de l’avis du public, dans une démarche de co-construction du nouveau parcours semi-permanent.

Chaque année, un tiers des déposants sont de nouveaux porteurs de projets, ce qui témoigne d’un bon renouvellement des projets, tout en maintenant une communauté fidèle. L’objectif affiché de la DRAC est désormais d’élargir encore davantage cet écosystème, en allant chercher des porteurs éloignés ou peu habitués à déposer, notamment ceux qui rencontrent des difficultés à intégrer le numérique dans leurs pratiques.

Pour favoriser l’accès au dispositif, la DRAC et la Région organisent de nombreux rendez-vous individuels avec les porteurs de projets en amont du dépôt. Ces échanges permettent de valider l’éligibilité des propositions, d’orienter les porteurs sur les attentes du jury (en termes d’originalité, de cohérence, d’innovation), et de s’assurer que les projets s’inscrivent dans une démarche de qualité, responsable et durable.

L’évaluation des projets se fait lors d’une commission qui réunit plusieurs membres de la DRAC et de la Région. Les avis sont confrontés et agrégés afin de sélectionner les projets selon des critères qui évoluent chaque année . L’appel à projets se veut volontairement ouvert et adaptatif : il ne propose pas de thématique imposée, mais s’ajuste aux tendances et aux propositions émergentes.

Les projets doivent être portés par des partenaires et présenter un cofinancement à hauteur de 50 % minimum. Cette exigence garantit une certaine viabilité économique et un engagement certain des porteurs.

Parcours du musée © Ville de Saint-Yrieix

COLLABORATIONS ET ÉTUDE

Par ailleurs, une étude qualitative et quantitative a été lancée par le service culturel numérique de la Région, en lien avec les équipes de la DRAC, pour analyser cinq années de projets soutenus par « Cultures Connectées ». Cette étude, qui paraîtra à la fin de l’été, permettra de mieux comprendre les dynamiques par secteur, par territoire et par typologie de projet, et d’ajuster la stratégie d’accompagnement en conséquence.

LA MISE EN RÉSEAU DE PROFESSIONNELS ET DE CONNAISSANCES

Enfin, l’un des axes de progression identifiés est la mutualisation. De nombreux projets se rejoignent, notamment en matière de plateformes ou de contenus numériques. Pour éviter les redondances et favoriser une démarche éco-responsable, la DRAC et la Région encouragent les partenariats, la mise en réseau et la mutualisation des outils, dans une logique de sobriété et d’efficience.

Selon vous, quels sont les défis qu’induisent le développement de projets numériques in situ dans les musées ?

DÉFIS TECHNIQUES ET HUMAINS

D’une part, tous les établissements ne disposent pas des mêmes ressources humaines ou financières pour développer des projets numériques ambitieux. Ceux qui ont des équipes dédiées à la médiation ou à la communication sont souvent mieux préparés pour élaborer des projets cohérents et créatifs. D’autres en revanche se tournent vers le numérique de manière plus opportuniste ou fonctionnelle, par exemple en refaisant leur site internet, sans toujours inscrire ces initiatives dans une stratégie culturelle globale.

LA COHÉRENCE ET LA PERTINENCE D’UN PROJET NUMÉRIQUE

La DRAC insiste sur la nécessité de relier chaque projet numérique à un projet scientifique et culturel (PSC) structurant. Le numérique ne doit pas être un simple gadget ni une fin en soi. Il doit enrichir l’expérience de visite, répondre à une problématique spécifique (accessibilité, médiation, conservation, etc.), et s’inscrire dans une démarche éthique et éco-responsable. L’appel à projets soutient des dispositifs qui augmentent réellement l’expérience de visite : audioguides intégrés dans une scénographie pensée, réalité augmentée sur des sites archéologiques, dispositifs de médiation adaptés à des publics spécifiques . En revanche, certains lieux comme les sites mémoriels nécessitent une approche plus mesurée, voire une absence d’intervention numérique.

Par ailleurs, la crise sanitaire a accéléré la production de plateformes numériques et de contenus en ligne. Aujourd’hui, la DRAC veut éviter leur multiplication anarchique et redondante. Elle encourage donc une approche plus sobre, mutualisée, et cohérente, afin de garantir une meilleure visibilité des offres et un meilleur usage des ressources publiques.

DÉFIS ÉMERGENTS

Un autre défi émergent est l’intégration de l’intelligence artificielle. Si l’IA peut remplacer certaines tâches répétitives ou faciliter la traduction automatisée pour des publics multilingues, son usage dans des dispositifs de médiation directe reste questionné. Est-ce que les visiteurs souhaitent vraiment interagir avec une IA dans un musée ? Est-ce pertinent dans une logique de transmission du savoir ? Autant de questions qui restent ouvertes.

Enfin, les attentes des publics évoluent. L’immersion, notamment via les expositions immersives ou les dispositifs de réalité virtuelle, suscite un engouement croissant. Si ces formats séduisent, ils doivent néanmoins être pensés avec rigueur, pour ne pas céder à l’effet de mode et rester au service du sens et de la médiation.


Pour retrouver l’ensemble de l’étude :

Un grand merci à Yves pour sa contribution !