Lors de la dernière édition du NUMIX LAB en novembre 2024 à Leipzig était lancée l’Immersive Centers Alliance (ICA), une mise en réseau inédite de différentes salles indépendantes à l’initiative d’OASIS immersion (Canada), de Remastered (Pays-Bas) et de Kunstkraftwerk (Allemagne) (pour en savoir plus, c’est ICI). Suite à ce lancement, s’est tenu en mai 2025 le premier sommet de l’alliance (ICA) avec en appui {CORRESPONDANCES DIGITALES] et Xn Québec. Les co-fondateurs ont ainsi été rejoints par d’autres spécialistes de l’industrie et salles immersives (dont notamment Visiodrom (Allemagne) et GIOLABS @ GRIDX (Luxembourg). Ce sommet a été l’occasion pendant une semaine de se réunir dans le cadre de workshops et de visites de lieux inspirants pour lancer la structuration du réseau. Durant cette semaine, un temps d’échanges avec l’écosystème élargi de l’immersion (studios de création, entreprises en technologies, etc.) a été organisé le jeudi 29 mai par l’ICA et Xn Québec afin de discuter de l’évolution de l’industrie et des nouvelles opportunités en matière de stratégie de design expériences et d’attentes du public envers les destinations expérientielles. Parmi les participants on comptait notamment :
- Normal Studio, spécialisé dans le vidéo mapping, a notamment travaillé avec OASIS immersion sur le projet VAN GOGH – Distorsion ;
- Après Minuit, studio spécialisé dans les installations immersives et la conception d’expériences visuelles, présente ses créations dans des espaces publics ou lors d’installations temporaires ;
- Eden creative studio, compagnie d’art vivant et multimédia spécialisée dans le divertissement interactif ;
- Ou la compagnie de cirque les 7 doigts, intégrant le numérique dans ses créations circassiennes comme un outil narratif et scénographique avec du vidéo mapping, des capteurs de mouvement ou des projets hybrides.
Un échange riche et passionnant qui s’est structuré autour d’un axe fort : la recherche de collaborations équilibrées entre modèles économiques vertueux, apports technologiques et innovation artistique.
Trouver un équilibre entre modèle économique vertueux et créativité artistique des projets : l’adaptabilité au cœur de la rencontre entre salles immersives et studios de création.
Un des premiers points abordés lors de cet échange a été la façon d’assurer une viabilité économique à des productions artistiques souvent pensées comme uniques, originales et sur-mesure. Les œuvres produites par des studios de création sont souvent contraintes à des formats numériques prédéterminés : réalité virtuelle, vidéo-mapping, œuvres installatives ou interactives, etc. La capacité à adapter ces œuvres dans d’autres formats est, par conséquent, un enjeu conséquent pour en assurer la portabilité. La déclinaison d’un projet en différents formats ou en briques modulaires semble donc essentielle pour s’adapter au plus grand nombre de lieux. L’idée a même été soumise de créer des outils partagés ou des bibliothèques de contenus réutilisables (animations, effets sonores, éléments interactifs).
Conscients de ces contraintes, les partenaires créatifs anticipent de plus en plus en amont les œuvres dans une logique de déclinaison de formats. C’est, notamment, la façon dont les œuvres sont de plus en plus pensées chez Normal ou par Les 7 Doigts.
Du côté des salles, chacune étant unique, les spécificités de chacune ne peuvent être que constatées entre le parcours de visite d’OASIS immersion, celui de Remastered ou de Visiodrom. Face à ces enjeux, il semble de plus en plus nécessaire qu’elles soient en capacité de fournir leurs contraintes techniques à leurs partenaires créatifs afin de construire des oeuvres de plus en plus modulaires qui peuvent s’adapter à une diversité de parcours, d’expériences de visite et de matériels techniques inhérents à chacune de ces salles. En lien avec ce sujet, parmi les exemples partagés, l’exposition “transformé” mise en œuvre par OASIS immersion en 2023 est particulièrement inspirante. La salle immersive québécoise a ainsi sélectionné 8 œuvres accessibles en casques VR en lien avec le thème de son exposition basé sur le courage et l’empathie. Elle les a ensuite réadaptées en format vidéo-mapping pour créer une exposition déambulatoire immersive et interactive.
- LES APPORTS DE L’ICA : face à ces enjeux d’adaptabilité, la réunion de différentes salles immersives grâce à l’ICA va permettre de mieux partager leurs prérequis techniques avec un ensemble de partenaires créatifs. Les logiques de co-production multi-commanditaires qui seront ainsi incitées par l’ICA permettront aussi de faire part de ces enjeux d’adaptation très en amont aux différents partenaires qui accompagneront ces démarches. L’ICA peut ainsi être un interlocuteur privilégié des associations telles que Xn Québec et ses équivalents sur d’autres territoires pour agir comme courroie de transmission de ces informations à l’écosystème. Une solution pour garantir un dialogue plus concret et récurrent.
Trouver un équilibre entre solutions interactives, enrichissement de l’expérience des publics et facilité d’exploitation.
Un autre point crucial dans la collaboration entre studios de création et salles immersives : la nécessité d’enrichir les expériences de visite et proposer de plus en plus d’interactivité.
Or, cette interactivité nécessite de prendre en compte le niveau d’équipements déjà présents dans les salles immersives et la valeur ajoutée expérientielle qui peut aussi en être attendue. Cette interactivité est présente, par exemple, dans chacune des étapes de visites de Remastered à Rotterdam. Les visiteurs y sont invités à créer une œuvre d’art numérique 3D dès le début du parcours et interagissent tout au long de leurs visites avec différentes projections.
Cette interactivité est de plus en plus au cœur des projets développés par les studios de création. Parmi les nombreux projets évoqués, le travail mené récemment par Après Minuit avec Mirari pour le Pavillon du Canada à l’exposition universelle d’Osaka est assez emblématique d’une capacité à créer désormais des œuvres interactives pour une large audience.
Les solutions interactives se démocratisent de plus en plus, les studios de création maîtrisent de mieux en mieux cette interactivité et les salles immersives investissent ces formats enrichissant l’expérience des publics. Cependant, un principe de réalité prévaut dans les salles immersives face aux contraintes d’installation, de maintenance de ce type de solutions et de gestion des flux des visiteurs.
- LES APPORTS DE L’ICA : la nécessité de nouer un dialogue en amont entre partenaires créatifs et salles immersives pour identifier les contraintes d’exploitation et les solutions envisageables semble donc essentielle et sera donc au cœur d’une des missions de l’ICA.
Trouver un équilibre entre nécessité d’ouvrir aux arts vivants pour renouveler l’expérience du lieu et opérationnalité.
L’intégration du spectacle vivant dans les lieux équipés pour des formats immersifs ou interactifs soulève une problématique récurrente : celle des coûts élevés et de la complexité opérationnelle qu’impliquent les performances humaines. Ces contraintes peuvent peser sur le modèle économique, en particulier dans des lieux qui misent sur une forte fréquentation et une certaine fluidité dans les formats proposés. Lors de la rencontre du 29 mai, la présence et les retours d’Eden creative studio et Les 7 Doigts sur cet enjeu ont été particulièrement précieux.
Les salles immersives à l’instar d’OASIS immersion (avec l’intégration ponctuelle de danseurs dans le cadre de l’exposition “Dreaming Asia”, en collaboration avec le studio français Danny Rose) ou de Kunstkraftwerk (avec Volt[age], un ballet immersif créé en collaboration avec le Musikalische Komödie Leipzig) ont aussi déjà testé des collaborations à la croisée des arts vivants et de la créativité numérique.
Ce type de collaboration permet d’attirer de nouveaux publics et d’enrichir la programmation culturelle des salles immersives. Ces formats sont, néanmoins, onéreux. Ils nécessitent d’appliquer une tarification premium et de prendre un risque de programmation supplémentaire pour les salles immersives.
Face à ces risques, les studios de création à la croisée des arts vivants ont mis en avant leurs savoir-faire et la façon dont ils ont développé des formats “légers et tournants” facilement adaptables, autonomes, et exploitables sur une longue durée. L’apport de l’interactivité permet aussi de créer des projets créatifs hybrides sans présence humaine constante.
- LES APPORTS DE L’ICA : la création de projets d’arts vivants avec des partenaires créatifs pourrait être beaucoup plus aisée si des logiques de tournées avec les salles membres de l’ICA peuvent s’envisager.
Face à la complexité croissante des projets immersifs mêlant création artistique, innovation technologique et exigences de diffusion, une question centrale émerge : comment mieux collaborer, de manière durable et efficace ? La collaboration entre créateurs et lieux doit se renforcer, avec un enjeu fort de mise en lien dès les premières étapes des projets. Travailler ensemble très en amont permet de mieux adapter les contenus aux réalités techniques et commerciales. Le développement de “mécanismes intelligents” peut enrichir l’expérience sans déséquilibrer le modèle économique. L’ensemble de ces enjeux sont ceux de l’ICA et nécessite un dialogue constant avec les acteurs de l’industrie. De nombreux temps d’échanges et de collaborations sont donc à venir.