Après avoir présenté le paysage des musées français et des offres de médiation numérique, tant par une approche fonctionnelle (dispositifs en salle, embarqués, itinérants) que muséographique (destinées au parcours permanent, à une programmation événementielle et culturelle, ou proposées hors les murs), l’étude réalisée par l’Institut OPUS (Observatoire des Patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université) et {CORRESPONDANCES DIGITALES] « Médiation numérique dans les musées : quelle(s) durabilité(s) ? » identifie aussi des dynamiques, des enjeux et des approches de médiation numérique in situ compte tenu d’un ensemble de défis auxquels font face les musées aujourd’hui : sobriété numérique, co-conception, financements et modèles de collaboration, développement et mesure des usages, pérennisation et vie des projets, rôle social et sociétal des musées face à l’innovation technologique.
Dans cet article, retrouvez le premier défi auquel sont confrontés les musées dans l’intégration d’offres de médiation numérique in situ : concevoir pour durer, dans le cadre d’un parcours permanent ou d’expositions temporaires.
Cette étude vise à dresser un état des lieux des pratiques et à identifier des dynamiques inspirantes. Elle est structurée en deux volets :
- VOLET 1 : panorama des offres in situ
- VOLET 2 : retours d’expériences et regards sur la médiation numérique in situ
Tendances et dynamiques
Les musées doivent faire face à des injonctions paradoxales et préexistantes à chaque étape de leurs projets numériques. Ces pressions, souvent implicites, émanent d’une diversité d’acteurs : tutelles publiques, partenaires privés, publics ou médias. Entre l’obligation d’innover pour garder une certaine visibilité, la nécessité de sobriété tout en développant des logiques de rentabilité, et l’impératif de rester accessible à tous, les musées doivent arbitrer en permanence entre ces différentes injonctions. Cette partie explore la façon dont chacune de ces injonctions sont à la fois autant de défis à relever que de contraintes induites.
Une prise de conscience encore récente mais structurante
Selon une étude récemment menée par le Shift Project (voir ci-dessous), le numérique représenterait à lui seul 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), dont 45 % pour la production des équipements et 55 % pour leur usage et stockage des données audiovisuelles. La transition écologique et la sobriété numérique sont ainsi devenues des sujets sociétaux majeurs. 15 % des directions culturelles de collectivités ont déclaré ainsi en 2024 intégrer que la transition écologique est désormais un registre d’action structurant. Dans ce contexte, des musées français interrogent de plus en plus le rôle du numérique sous l’angle de l’écoresponsabilité. L’enjeu n’étant plus seulement de réduire ponctuellement l’impact de certains équipements mais aussi d’inscrire le projet scientifique et culturel de son établissement dans une démarche de Responsabilité Sociétale des Organisations (RSO) .
Focus sur le Shift Project – The Carbon Transition Think Tank
Le Shift Project est un think tank français fondé en 2010 qui œuvre pour la décarbonation de l’économie en produisant des analyses scientifiques et des propositions concrètes, secteur par secteur. Il agit notamment à travers son Plan de transformation de l’économie française, qui vise à rendre chaque activité compatible avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C. Convaincu que la transition ne peut pas reposer uniquement sur des paris technologiques ou la croissance économique, le Shift Project plaide pour une approche systémique, réaliste et opérationnelle, qui place la résilience et l’emploi au cœur des choix collectifs.
Dans ce cadre, l’étude réalisée en 2021 « Décarbonons la culture ! » alerte sur la vulnérabilité du secteur culturel, souvent perçu à tort comme immatériel et épargné par la contrainte carbone. Elle met en évidence le poids de la mobilité (publics, artistes, œuvres), la dépendance énergétique des lieux et la nécessité de repenser les pratiques, des tournées à la scénographie. Pour y répondre, le rapport propose des leviers comme la relocalisation des activités, le ralentissement des rythmes, l’éco-conception et le renoncement à certaines pratiques trop émettrices. Il plaide aussi pour des politiques publiques ambitieuses, une formation massive aux enjeux énergie-climat et l’anticipation collective de cette transformation, afin de préserver le rôle essentiel de la culture tout en la rendant soutenable.
Assumer une responsabilité globale et partagée
La sobriété numérique dépasse les seuls services techniques ou scénographiques, c’est un enjeu d’établissement. Les retours d’expérience partagés lors de la journée d’étude Déclic Écologie & Numérique rappellent que la transition écologique est avant tout un enjeu systémique. Des structures comme le réseau Les Augures – Lab Numérique Responsable soulignent qu’il ne suffit pas de produire « plus vert » : il faut réfléchir à l’articulation entre conception, exploitation et fin de vie des dispositifs. Cette responsabilité globale se traduit aussi par la mobilisation des directions générales : inscrire un plan de sobriété numérique dans le Projet scientifique et culturel, établir un bilan GES pour chaque exposition, rendre compte des consommations énergétiques aux partenaires publics. Ces démarches visent à dépasser la logique de projet isolé pour aller vers un modèle où l’éco-conception devient une exigence de pilotage
Mieux connaître et piloter l’impact écologique du numérique
L’impact écologique des dispositifs numériques — serveurs, écrans, casques VR, bornes interactives — est désormais bien identifié. Bien qu’il reste encore difficile à évaluer précisément, les musées savent désormais que le numérique a un coût environnemental : serveurs énergivores, terminaux difficiles à recycler, dépendance à des opérateurs mondiaux. Mais trop peu de structures disposent encore d’outils concrets pour chiffrer précisément cet impact. Un enjeu interne crucial est donc la montée en compétences : qui sait aujourd’hui calculer un bilan carbone pour une borne interactive ? Qui maîtrise les paramètres pour rédiger un marché public intégrant une clause de cycle de vie ?
Ces démarches montrent que la question n’est plus seulement technique, mais qu’elle engage des choix stratégiques dès la phase de conception d’un projet de médiation numérique.
Faire de la sensibilisation un levier interne et externe
Enfin, aucune stratégie d’éco-conception ne peut tenir sans adhésion interne. Or, beaucoup de musées constatent que le sujet reste encore perçu comme une contrainte technique ou budgétaire, plutôt qu’un levier de transformation. Former les équipes à la sobriété numérique, à la conception bas carbone, à la négociation de clauses environnementales dans les marchés publics, suppose de dépasser une approche descendante. Il faut donner aux régisseurs, médiateurs, techniciens ou directeurs de projet les moyens de comprendre, d’expérimenter, de mesurer. Pour ce qui concerne les publics, les musées qui intègrent l’impact environnemental à leur médiation (bilans carbone d’expositions, explication des choix d’éco-conception) réaffirment leur rôle éducatif et sociétal. Ces démarches se déclinent sous différents axes (voir l’article consacré par {CORRESPONDANCES DIGITALES] en 2023 sur le sujet) :
- Réalisation de diagnostics carbone avec des outils type Bilan GES ADEME.
- Production d’études ciblées sur ces problématiques : comme en témoigne le Cas d’Étude pour un Immersif Responsable (CEPIR). Le rapport CEPIR évalue pour la première fois les impacts environnementaux de la filière XR (réalité virtuelle, augmentée et mixte) en France. Il montre que la fabrication des équipements (casques de réalité virtuelle) et l’usage intensif des réseaux et centres de données génèrent une empreinte carbone significative, souvent sous-estimée. Pour sensibiliser et agir, l’équipe du CEPIR a créé une calculette carbone open source et a mené une enquête auprès des acteurs du secteur. Parmi les pistes préconisées, le rapport met en avant les approches d’écoconception, la réutilisation des contenus, la priorisation des usages vraiment utiles . Il recommande aux pouvoirs publics de conditionner les financements à des pratiques sobres et de renforcer l’évaluation des impacts, afin d’aligner l’innovation immersive avec le respect des limites planétaires.
- Évaluation du cycle de vie d’expositions lorsque celles-ci mobilisent des outils de médiation numérique au sein de leurs parcours de visites ; lorsque des dispositifs immersifs sont mobilisés. Cette évaluation doit conduire à une prise de conscience sur la durabilité de ces dispositifs sur deux axes principaux : leurs supports physiques et leurs logiciels d’exploitation. Il découle de cette évaluation l’importance de pouvoir / savoir entretenir ces dispositifs et de disposer de logiciels résilients aux évolutions numériques induites (mise à jour des logiciels, des systèmes d’exploitation…).
- Mutualisation de ressources techniques et humaines au sein d’un établissement ou entre lieux culturels (voir exemples évoqués ci-dessous).
- Prendre en compte l’impact indirect lié à la fréquentation des publics (impacts en termes de mobilité géographique) sur site et en ligne (impacts de la fréquentation digitale). Aujourd’hui, la mobilité des visiteurs reste majoritairement carbonée (voiture individuelle, cars touristiques). Parallèlement, la stratégie numérique (sites internet, newsletters, réseaux sociaux) pèse sur la consommation énergétique via le stockage, les flux de données, le poids des vidéos HD/4K. L’enjeu est ici double :
- Comment coordonner la communication, l’accueil et la médiation pour réduire cette empreinte sans nuire à l’attractivité du musée ?
- Comment sensibiliser sans basculer dans la dissonance entre discours environnemental et pratiques réelles ?
Parallèlement, le recours aux MOOC (Massive Open Online Courses) constitue un levier de formation continue pour les équipes des musées. Proposés notamment par des organismes publics, des universités ou des réseaux professionnels culturels, ces modules en ligne permettent aux salariés, médiateurs, conservateurs ou responsables numériques d’acquérir des compétences techniques ou méthodologiques sans avoir à mobiliser de budgets de formation lourds ni interrompre leur activité. Qu’il s’agisse d’initiation au design numérique, à la gestion de données, à l’éco-conception ou aux outils collaboratifs, ces formats favorisent l’appropriation en interne de nouvelles pratiques et contribuent à réduire la dépendance aux prestataires externes. À titre d’exemple, une formation à distance plutôt accessible peut être mise à la disposition des équipes, comme celui de l’Institut du numérique responsable : MOOC Numérique Responsable.
Face à ces premières mesures, il semblerait essentiel d’inscrire durablement le numérique dans une stratégie bas carbone ; les musées cherchant à poursuivre le développement de projets numériques tout en veillant à leur sobriété à toutes les étapes de leurs vies : conception, production, exploitation et fin de vie des dispositifs . Une récente étude publiée par Les Augures nous permet d’approcher ce propos avec encore plus de précision.
Approches inspirantes mises en œuvre par des musées
La conjonction des impacts de la crise sanitaire, des restrictions budgétaires publiques ainsi que de la prise en compte de l’écoresponsabilité par le secteur muséal contribue à repenser les approches de médiation numérique dans une logique de durabilité et de sobriété. Cette volonté de durabilité s’anticipe de plus en plus dès la genèse d’un projet de médiation numérique.
Dans le cadre d’un parcours permanent
Une certaine sobriété et discrétion pour s’inscrire au mieux dans des intentions muséographiques définies dans le respect d’un projet scientifique et culturel.
Dans ce cadre, les différents dispositifs de médiation numérique sont intégrés dans une démarche scénographique et muséographique globale et durable pour ponctuer un parcours de visite d’une diversité d’approches des collections.
À noter : Selon le type de collection, la place du numérique ne sera pas la même (cf. partie 1 de l’étude). Par ailleurs, selon les ressources et moyens disponibles dans les musées, le caractère innovant des dispositifs numériques envisagés sera moins recherché au profit d’une recherche plus forte de durabilité.
EXEMPLE : La trentaine de dispositifs de médiation numérique du parcours permanent du musée Dobrée a été pensée pour s’intégrer avec discrétion dans la scénographie en mettant l’accent sur la pluralité des points d’entrée sensoriels, narratifs et accessibles tout en laissant la primauté à la matérialité des objets.

Dans le cadre d’expositions temporaires
La capacité à s’adapter à d’autres supports pour en pérenniser l’usage en ligne, hors les murs ou de façon permanente.
Cette stratégie est mise en œuvre dans de nombreux musées pour utiliser les expositions temporaires comme un terrain d’expérimentation permettant réadaptation et pérennité de façon très protéiforme :
- Approche 1 – Réutilisation de contenus sur le web et les réseaux sociaux
- Exemple : La reconstitution 3D d’un squelette fossile d’un Gastornis Laurentia par les équipes du Muséum de Toulouse dans l’exposition « Géants » a fait l’objet d’un film documentaire qui a ensuite été diffusée sur le Web.

- Approche 2 – Réutilisation dans d’autres dispositifs dans une logique de mutualisation
- Exemple : Dans le cadre de l’exposition « Paris 1874, Inventer l’impressionnisme », le Musée d’Orsay a diffusé un extrait de l’expérience de réalité virtuelle proposée en parallèle de cette exposition dans les espaces de celle-ci afin de donner à voir à tous les visiteurs des vues 3D de l’atelier de Nadar.

- Approche 3 – Pérennisation de dispositifs numériques créés pour une exposition temporaire dans un parcours permanent. Ce sont les stratégies adoptées par le Musée de l’Œuvre Notre-Dame à Strasbourg, par le musée Fabre à Montpellier ou ARCHÉA à Louvres dans une logique de continuité et de pérennisation entre expositions temporaires et collections permanentes.
- Approche 4 – Adaptation de dispositifs numériques pour une diffusion hors les murs. C’est ce que souhaite réaliser la Cité internationale de la langue française avec son parcours dématérialisé, qui serait proposé dans le réseau des Instituts français à l’étranger par exemple.
Enjeux et pistes de mise en œuvre
Pour mettre en œuvre ces différentes approches, de nombreux défis sont à relever. Voici quelques pistes à suivre issues de notre étude.
Enjeu 1 – Tendre vers la sobriété et s’engager dans une politique éco-responsable active
Un discours médiatique fortement relayé par les médias ou les entreprises actives dans les domaines des technologies, des critères de sélection d’appels à projets récompensant l’innovation technologique, des tutelles enjoignant à l’innovation créent des difficultés à envisager sereinement à l’échelle d’un établissement la sobriété numérique (cf. entretien avec Éva Sandri).
En outre, comme évoqué au préalable dans cette partie (voir 1.A Tendances et dynamiques), l’extraction de minerais rares nécessaires aux écrans, l’obsolescence programmée de dispositifs numériques ou l’usage de serveurs énergivores sont autant d’enjeux consubstantiels au numérique auxquels il faut désormais faire face.
Pistes de mises en œuvre
Concernant la politique de sobriété :
Pour tendre vers une sobriété numérique assumée et prendre le recul nécessaire, différents musées organisent, en amont de tout projet numérique, un dialogue systématique entre conservation, muséographie et médiation. Ce dialogue peut permettre d’arbitrer la pertinence de projets numériques à l’aune des connaissances sur les collections, la démarche muséographique envisagée, l’adéquation avec les pratiques et la fréquentation des publics ciblés (d’où la nécessité de co-concevoir des dispositifs ou partager régulièrement sur la pertinence d’usage de ces dispositifs par rapport à d’autres solutions plus frugales). Cette organisation peut prendre la forme :
- D’un comité de coordination régulier (voir le comité numérique mis en œuvre par le Muséum de Toulouse) ;
- D’une équipe projet constituée ad hoc pour chaque projet. C’est le cas des projets portés par le Muséum national d’Histoire Naturelle, du Louvre-Lens ou d’Universcience ;
- De mobilisation de comités d’usagers pour avoir une approche de conception orientée usages et pratiques sans présager de la solution technologique à employer de prime abord. Ces démarches sont mises en œuvre régulièrement par le Musée national de la Marine ou le Louvre-Lens.
Concernant la politique d’éco-responsabilité :
- La nécessité de privilégier des approches moins consommatrices d’écrans, de penser à des logiques de ré-usages ou de co-usages de matériels ou de contenus en interne ou entre établissements sont de plus en plus adoptées par de nombreux musées. Le Louvre-Lens, par exemple, intègre en amont de la conception de ses expositions une réflexion sur l’impact environnemental de celles-ci afin de mutualiser des équipements, choisir des supports réutilisables et adapter des scénographies.
- L’essor exponentiel de la production de données induit par l’usage de l’intelligence artificielle ou la production de modèles numériques lourds (tels que les modèles 3D) nécessite aussi d’être de plus en plus pris en compte par le secteur muséal.
- Des établissements comme le Musée d’Orsay (dans le cadre de sa politique RSO), la Cité du Vin (dans le cadre de son engagement dans la convention des entreprises pour le climat), le Muséum de Toulouse (dans son Plan Climat interne) ont décidé de s’engager dans des programmes oeuvrant à inscrire leurs établissements dans une démarche de responsabilité sociétale et environnementale. Pour les musées d’Orsay et de l’Orangerie, cette gouvernance écologique passe par des arbitrages concrets dès la définition des marchés publics (avec l’introduction de clauses éco-responsables), lors de la conception de chaque projet, puis, à l’évaluation pour mesurer l’impact carbone de projets innovants, notamment en réalité virtuelle ou dispositifs immersifs.
- D’une façon plus systématisée, dans le respect de la Loi du 22 août 2021 – Climat et Résilience, des critères privilégiant des approches d’éco-conception peuvent être rappelés par le commanditaire dès les phases de consultation et d’appels d’offres.
Enjeu 2 – Co-concevoir des projets numériques avec les publics
La volonté de garantir l’accès aux collections au plus grand nombre, de veiller à un équilibre harmonieux entre les différentes formes de médiation induisent de plus en plus une approche de co-construction avec les publics.
Pistes de mises en œuvre
- Ces approches de co-conception avec les publics sont de plus en plus maîtrisées par un nombre croissant de musées. Elles induisent une capacité à mobiliser, des expertises d’animation et la possibilité de mettre en œuvre les projets identifiés.
- Depuis quelques années, le Musée national de la Marine, le Louvre-Lens, le musée Dobrée ou Universcience se sont ainsi engagés dans ces approches participatives et expérimentales (pour en savoir plus, consulter leurs différents retours d’expériences).
Enjeu 3 – Concevoir des formats interopérables
Le souhait de réutiliser des contenus ou de réadapter des dispositifs de médiation numérique peut générer des questions sur la propriété intellectuelle des contenus réutilisés, sur l’interopérabilité technique des données reprises et sur les nouveaux usages qui en sont faits (dont la mise à jour en cas d’obsolescence tant des contenus que des dispositifs).
Au-delà des enjeux techniques liés au stockage, à la gouvernance et à la circulation des données, l’interopérabilité soulève également la question de la pérennité et de l’adaptabilité des formats utilisés dans les musées. Comme l’a noté, la consultante Elisabeth Gravil dans un de ces articles publié en ligne sur le Digital Asset Management, la multiplication des bases (collections, archives, bibliothèques, CRM, dispositifs immersifs, captations sonores et visuelles) impose non seulement de pouvoir faire dialoguer des systèmes hétérogènes, mais aussi d’anticiper la réutilisation future des contenus dans d’autres contextes, avec d’autres outils ou partenaires. La dépendance à des formats propriétaires ou à des prestataires extérieurs peut freiner ces dynamiques, tout comme l’absence de standards partagés ou de politiques claires sur la circulation des fichiers, des métadonnées et des droits qui y sont associés. Cette situation interroge directement la capacité des musées à actualiser ou transférer leurs dispositifs à mesure que les technologies évoluent, et à garantir l’accès à long terme à des contenus produits parfois à grands frais. À cela s’ajoute un enjeu organisationnel : sans coordination entre services, sans archivage structuré ou documentation claire, les projets numériques deviennent difficilement modulables ou transmissibles, ce qui entrave leur durabilité et limite leur potentiel de mutualisation ou d’essaimage. La vision de Bruno Bachimont est éclairante sur ces enjeux de pérennité (cf. entretien avec Bruno Bachimont).
Dans ce contexte, la mutualisation des contenus apparaît comme un levier clé pour limiter les coûts et renforcer l’interopérabilité. En partageant dispositifs, bases de données ou fichiers numériques, les musées évitent de recréer des outils isolés et favorisent l’adoption de formats communs, plus facilement réutilisables ou adaptables dans le temps. Cette logique collaborative permet aussi de mieux anticiper les mises à jour techniques et de garantir la pérennité des contenus, sans dépendre exclusivement d’un prestataire ou d’un dispositif figé.
Pistes de mises en œuvre
- La nécessité d’intégrer une clause de propriété dans un cahier des charges, d’anticiper les usages potentiels ainsi que les enjeux de réadaptation en amont de la création d’un dispositif peuvent en faciliter sa déclinaison. La modularité technique et éditoriale des supports et leur facilité de réexploitation sont autant de défis à anticiper pour créer ces conditions d’interopérabilité en dépit des contraintes en termes de ressources, de temps et de budget auxquelles sont confrontées les musées et leurs partenaires.
- Ces approches d’interopérabilité sont de plus en plus envisagées par les différents musées interviewés : ré-usages de contenus scientifiques à des fins de médiation (musée Dobrée, Musée d’Archéologie Nationale, Muséum de Toulouse), pérennisation de projets temporaires (Musée de l’Œuvre Notre-Dame, Musée Fabre, etc.) ou stratégie de diffusion-hors-les murs (Mémorial de Verdun, Musée d’Orsay, etc.)
En résumé

Pour en savoir plus
- Union des Scénographes. (2023). Le Corbusier : Une odyssée sensible. Guide d’écoconception. source
- Palais des Beaux-Arts de Lille. (2025). Workshop # 4 : Vers un numérique responsable et partagé dans nos musées. YouTube. source
- Ministère de la Culture. (Juin 2024). Politiques culturelles : la stratégie numérique du ministère de la Culture.
- OCIM. Expositions immersives – Musées responsables. (2021). source
- Egal, L., Gauduchon, M.-V., La Burthe, A., & Ruiz, B. (2024). CEPIR – Cas d’Étude pour un Immersif Responsable. TMN Lab. source
Cette étude vise à dresser un état des lieux des pratiques et à identifier des dynamiques inspirantes. Elle est structurée en deux volets :